Collectivités locales
Caroline Cayeux, présidente de Villes de France Caroline Cayeux, présidente de Villes de France © Alexandre Nestora

Caroline Cayeux : « nous refusons d'être les parents pauvres de la réforme territoriale »

Réforme territoriale, politique de la ville, finances locales, transition énergétique, formation, etc. Les dossiers à défendre sont nombreux pour l’association « Villes de France ». À sa tête, Caroline Cayeux, entend faire valoir le rôle important des villes et des intercommunalités dans les débats en cours.

La RdCL : La fédération des villes moyennes devient Villes de France. Vous avez été nommée à la présidence de cette association. Que traduit ce changement de nom ?
Caroline Cayeux : « Villes de France » a une connotation plus optimiste que « villes moyennes ». Nous avons souhaité ce changement de nom pour donner plus de visibilité et de dynamisme à notre association et rassembler le plus de villes et agglomérations possibles. Villes de France, est une association pluraliste d’élus qui rassemble les villes et agglomérations non métropolitaines du territoire national, qui est le cadre de vie de près de la moitié de la population française (30 millions d’habi- tants). Villes de France représente et défend ces villes et intercommunalités, dont les bassins de vie structurent le territoire et assurent un maillage solide entre les métropoles et les espaces ruraux : ils dialoguent et coopèrent avec les unes et les autres. Villes de France s’attache à mieux faire reconnaître les enjeux des territoires urbains dans les grands débats d’aménagement du territoire et les réformes territoriales. Elle se donne pour ambition de contribuer à l’émergence d’un nouvel équilibre territorial, qui passe par la reconnaissance du rôle et des fonctions de l’armature urbaine que constituent les agglomérations au service des habitants.

Caroline Cayeux

En 2001, pour la première fois candidate aux élections municipales sur une ville de plus de 30 000 habitants, Caroline Cayeux est élue Maire de Beauvais, puis réélue en 2008. Briguant un troisième mandat en 2014, elle est brillamment réélue au second tour avec plus de 57 % des suffrages, lors d’une triangulaire. Elle est élue sénateur de l’Oise en 2011. Elle est également présidente de la communauté d’agglomération du Beauvaisis, présidente de « Villes de France » (anciennement Fédération des Villes Moyennes) depuis le 19 juin 2014 et présidente de l’Union des Grandes Villes de Picardie. Elle a été conseillère régionale de Picardie de 2002 à 2011 et présidente de l’Association des Villes du Grand Bassin Parisien. Caroline Cayeux est chevalier de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite. 

Quelles sont vos réflexions en cours sur la réforme territoriale ? Vos craintes ?
Le premier volet de la réforme territoriale porte sur la répartition des départements dans les régions. En ce qui concerne la Picardie, le projet de loi prévoit de nous unir à la région Champagne-Ardenne. Or, nous regardons plutôt vers le Nord, vers l’Île-de-France ou éventuellement, c’est un choix de beaucoup d’élus de ma région, vers la Haute-Normandie puisque nous possédons une façade maritime avec la Somme. Ceci nous paraît plus cohérent. Il est regrettable que certaines régions ne soient pas plus accueillantes alors qu’il existe des cohérences en termes de bassins de vie, de transports, d’investissements. Il n’y a pas eu d’étude approfondie sur les cohérences territoriales, économiques et sociales de nos différentes régions. Se pose également le problème des compétences. Bien sûr, le projet de loi prévoit que les villes et agglomérations garderont la compétence générale. Or, un certain nombre de compétences sont également conservées par le département et la région. La suppression aussi autoritaire du département me choque car le département est un échelon d’autorité. Prenons le cas d’un département dépourvu de métropole, quelles seront ses compétences ? Quelles compétences devront assumer ou non les communautés d’agglomération ? Comment seront réparties les compétences entre les départements et les régions ? Aujourd’hui, nous ne savons pas très bien où nous allons. Les villes sont inquiètes, notamment celles qui se trouvent dans des départements dépourvus de métropoles. A contrario, pour les autres, elles ne s’imaginent pas devenir des satellites de grandes métropoles. Cela signifierait la perte d’initiatives, de financements et de certaines de leurs compétences. Nous allons prendre en main le sort de nos villes chefs-lieux de départements, de nos villes centres de communautés d’agglomérations et les défendre dans ce nouveau schéma territorial.

Les restrictions budgétaires comptent aussi parmi vos réflexions ?
Les finances locales et les restrictions budgétaires imposées par le gouvernement nous préoccupent. Nous sortons d’une première période où le gouvernement a diminué de 3 milliards les dotations aux collectivités locales. On nous annonce de nouvelles restrictions estimées à près de 11 milliards d’euros. Ce sont des coups de massue financiers très lourds à assimiler pour nos villes. Serons- nous moins bien dotés par rapport à une métropole ? Pour quelles raisons ? Dans quelles conditions ? Quelles seront les compétences réservées à nos villes et à nos agglomérations ? Nous attendons des réponses sur l’ensemble de ces questions.

Quelles sont les conséquences pour les villes ?
Prenons l’exemple de la ville de Beauvais dont je suis maire. Nous avons perdu 2 millions d’euros de dotations, l’agglomération a également perdu 2 millions d’euros, soit un total de 4 millions d’euros en moins pour préparer le budget 2015. Je m’interroge sur la manière dont nous allons boucler nos budgets. Je m’interroge aussi sur les choix d’investissement que nous allons devoir faire. Ils vont être fortement réduits, avec les conséquences que l’on peut imaginer, à savoir une baisse des travaux à réaliser pour les entreprises et une baisse de l’emploi, à terme, pour nos territoires. Les décisions prises actuellement ont des conséquences très graves sur les territoires.

De quelle manière comptez-vous agir face à cette situation ?
Nous souhaitons réaffirmer le rôle de nos territoires qui sont des bassins d’emplois, des bassins de vie, des lieux de décision, des donneurs d’ordres économiques. Les villes ont un rôle majeur de cohésion locale et nationale.

Quel est le véritable enjeu des villes et agglomérations ?
L’enjeu est avant tout d’avoir les moyens d’agir. Nous voulons continuer à être des bassins de vie reconnus par nos concitoyens. Nous refusons d’être les parents pauvres de la réforme territoriale, évincés par les métropoles et les grandes régions. La vraie vie, c’est nous ! Le modèle que nous mettons en place, un modèle urbain alternatif aux métropoles mais toutefois complémentaire, est constitué de cohésion, de diversité, d’équilibre et de proximité. Il représente 30 millions d’habitants soit presque la moitié de la population française. En France, on dit toujours que les populations connaissent le maire et le président de la République. Nous sommes des maires de proximité, des élus de terrain. Dans nos responsabilités, nous conjuguons à la fois tout ce qui concerne la politique de la ville mais aussi la sécurité, le développement économique et donc de croissance et d’emploi. En termes décisionnels, nous avons de lourdes responsabilités. À ce titre, nos revendications sont à la fois existentielles et financières.

Quels autres dossiers importants allez- vous défendre au sein de votre association ?
Nous allons nous emparer des questions d’urbanisme et de politique de la ville puisqu’une nouvelle opération de rénovation urbaine vient d’être lancée. Les économies d’énergie sont aussi un sujet très important qui touche directement nos villes. Le projet de loi sur la transition énergétique de Madame Royal nous concerne directement. La taille des villes que nous représentons se prête bien mieux à l’expérimentation que les plus grands territoires. À ce titre, nos villes ont vocation à être valeur d’expérience.

Vous affirmez également que les villes ont un rôle important à jouer en matière de formation ?
En effet, cette vocation d’aménagement du territoire de l’éducation, et de la formation des jeunes en particulier, est un sujet qui nous tient à coeur. Villes de France a fait de longue date un important travail sur la formation supérieure, en particulier dans sa relation avec l’entreprise. Nos territoires ont cette particularité de pouvoir former des jeunes qui sont en contact direct avec l’entreprise. Nous sommes par ailleurs très attachés à ce que les universités et leurs antennes, les centres de formation restent sur nos territoires. Beauvais accueille par exemple une antenne de l’Université de Picardie Jules-Verne d’Amiens et j’y tiens beaucoup. Il y a une vraie menace aujourd’hui que tous les étudiants soient regroupés dans les métropoles. Ceci dans un souci d’économie. Or il est important que les jeunes qui suivent des formations supérieures restent dans les villes que nous représentons. 50 % d’entre eux sont boursiers. S’ils doivent aller étudier dans les métropoles, ils renonceront à la formation. Or chacun sait qu’il faut élever le niveau de qualification des jeunes. Ce maillage urbain est un élément important de la cohésion nationale.

Les villes et intercommunalités ont donc un véritable rôle à jouer ?
Ce sont nos villes qui font le lien entre la ruralité et le monde urbain. Aujourd’hui, les métropoles oublient le fait rural. Dans mon département, l’Oise, nous avons trois agglomérations qui réunissent autour d’elles des communes rurales, quelquefois très petites. C’est grâce aux agglomérations que ces communes trouvent les moyens de faire vivre leurs populations qui travaillent dans nos villes, qui y bénéficient de nos services publics, culturels, sportifs. Les villes et intercommunalités assurent une réelle cohérence du maillage entre les grandes métropoles et les espaces ruraux.

Propos recueillis par Blandine Klaas

 

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