Collectivités locales

Philippe Maillard : « Les technologies de l’information et de la communication sont un formidable levier pour répondre aux défis de l’eau »

La mission de Lyonnaise des Eaux : apporter aux collectivités locales des réponses concrètes sur les problématiques liées à l’eau. Philippe Maillard, son directeur général, rappelle les enjeux d’une gestion durable de la ressource et présente les solutions et services permettant de relever ce défi. 

La RdCL : Quelles sont les grandes problématiques de l’eau auxquelles les collectivités locales devront faire face dans les années à venir ?

Philippe Maillard : L’eau touche à des services essentiels à la vie. La France bénéficie d’une situation globalement satisfaisante en matière de qualité de l’eau potable. Ce sont les investissements, les savoir-faire et les expertises mis en oeuvre au quotidien qui font que le geste d’ouvrir son robinet puisse être banal.

Je pense que les collectivités doivent se préoccuper de faire évoluer leurs services d’eau et d’assainissement pour répondre à la demande des consommateurs-citoyens. C’est un enjeu permanent. Il faut aussi continuer à agir pour protéger et préserver la ressource en eau. Les opérateurs y contribuent par des solutions techniques et des initiatives autour de la protection de la ressource. Par exemple, l’amélioration du traitement des eaux usées et une meilleure gestion des eaux pluviales pour limiter au maximum les rejets d’eaux polluées non traitées dans le milieu naturel, sont des solutions qui permettent de préserver la qualité des ressources en eau et du milieu naturel.

Les collectivités doivent également continuer à rechercher l’efficacité en délivrant un service de qualité au meilleur prix pour répondre à une attente légitime des consommateurs, qui sont de plus en plus connectés et soucieux d’être mieux informés, désireux de mieux connaître les services d’eau et d’assainissement.

Un opérateur comme Lyonnaise des Eaux se doit d’intégrer dans ses réflexions et dans ses propositions, des solutions et services qui permettent de répondre à l’ensemble de ces attentes.

Comment accompagnez-vous les collectivités locales dans leurs actions ?

Nous apportons aux collectivités des réponses concrètes sur l’ensemble des problématiques liées à l’eau au travers de différents types de contrats. Le modèle historique privilégié dans nos métiers est la délégation de service public, dans lequel l’opérateur joue un rôle assez large dans le service de l’eau et-ou de l’assainissement. Ce modèle, que nous avons contribué à rénover et moderniser, permet à la collectivité de gérer son service de l’eau tout en faisant appel au savoir-faire et à l’expertise d’un opérateur. Nous avons notamment lancé « le contrat pour la santé de l’eau », par lequel nous nous engageons en matière de transparence, de gouvernance renforcée et en matière d’innovation. Depuis peu, la fourniture des services de télérelève à des régies publiques est une autre forme d’intervention. Dans ce cas, nous sommes prestataire et mettons en oeuvre ce service parce que nous avons développé la technologie.

La société d’économie mixte à opération unique (SemOp)est un nouveau modèle contractuel qui permet une meilleure juxtaposition des intérêts du public, de la collectivité et des intérêts du privé au travers d’une société commune. Nous sommes toujours dans une logique où le responsable du service de l’eau et de l’assainissement est la collectivité qui fait appel à une entreprise comme la nôtre avec nos champs de compétences.

La qualité de l’eau du robinet, le prix de l’eau préoccupent les Français. Comment répondez-vous à leurs inquiétudes ?

L’eau est en France de très bonne qualité. Chez Lyonnaise des Eaux, le taux de conformité bactériologique est de 99,8 %. Ceci est lié à un effort permanent de vigilance, d’analyse et de détection sur les réseaux d’eau. Nous travaillons également, à travers notre recherche et développement, en anticipant les nouvelles normes sanitaires qui pourraient un jour ou l’autre apparaître. Certaines substances seront demain interdites et nous devrons faire en sorte qu’elles ne soient pas présentes dans l’eau distribuée.

Quant au prix moyen de l’eau en France, il se situe autour de 3,50 € TTC pour 1 000 litres d’eau (1 m³). Il se situe dans la moyenne européenne. Un prix satisfaisant qu’il faut regarder à l’aune de l’organisation des services publics, de la concurrence qui existe entre les modes de gestion, et aussi entre les opérateurs privés. Il ne faut pas oublier non plus que ce prix comprend le service de l’eau, le service d’assainissement et l’ensemble des taxes et redevances.

L’arrivée de technologies nouvelles pourrait- elle affecter le prix de l’eau ?

Il existe un mythe autour du prix de l’eau, jugé beaucoup trop élevé. Pourtant, rares sont ceux qui en connaissent le montant exact. Il est vrai que le prix diffère selon les communes ce qui est parfois difficilement compris. Cela tient à l’organisation de la gestion de l’eau en France, confiée aux communes ou groupements de communes, qui font face à des situations différentes en matière de complexité de service. Le coût ne sera pas le même pour une commune dont la ressource en eau de qualité nécessite peu de traitement, et une commune obligée de faire venir son eau d’une ressource lointaine, qui devra payer l’acheminement et le traitement. Certaines collectivités investissent dans les services aux abonnés, d’autres font des efforts de renouvellement de leur patrimoine ou mettent en oeuvre de nouvelles techniques de traitement, etc. Tous ces choix ont un impact et expliquent les différences de prix de l’eau.

En toute logique économique, le prix de l’eau devrait augmenter mais les collectivités et les opérateurs font en sorte que cette évolution soit la plus mesurée possible. Cette maîtrise du prix de l’eau se fait en partie grâce à de la performance, de l’innovation et l’amélioration des services aux usagers.

Quelles sont les technologies disponibles pour améliorer la qualité des eaux rejetées dans le milieu naturel ?

D’importants efforts d’investissement ont été faits dans les années 1990 à 2005 pour que la France se conforme à la directive européenne en matière de traitement des eaux usées. Toutefois, quelques systèmes épuratoires méritent encore aujourd’hui d’être modernisés ou rénovés. De même, les premières collectivités qui ont effectué des travaux de mises aux normes au début des années 1990, vont entrer progressivement dans une phase de modernisation de leurs stations.

Les travaux de recherche et d’innovation sont actuellement tournés vers la prise en compte du coût de l’énergie. Celui- ci représente un poste important dans le traitement des eaux usées. Pour essayer d’en limiter l’impact, nous travaillons sur des installations à énergie positive à l’image d’Aquaviva, la station d’épuration du bassin cannois. De plus en plus, la préoccupation économique, la performance en matière de traitement, la préoccupation du coût de l’énergie, l’intégration du recyclage, la valorisation des produits issus des stations d’épuration comme le biogaz, seront la norme pour les nouvelles stations. Prochainement, le réseau de gaz de Strasbourg bénéficiera du biogaz injecté à partir de la station d’épuration. C’est une valorisation positive d’un sous-produit de l’épuration qui rentre dans cette équation globale meilleure économie-meilleure prise en compte de l’environnement-contribution à la réduction des émissions de CO2. L’autre enjeu de l’assainissement consiste à limiter les impacts des eaux de pluie (inondations, pollutions…) en optimisant le fonctionnement des canalisations, des déversoirs d’orage et des stations d’épuration. 

Que pensez-vous de la réutilisation des eaux usées ?

Les autorités sanitaires avancent très prudemment sur ce sujet mais je pense que progressivement, les pouvoirs publics évolueront. Nous avons la capacité technique et technologique à réutiliser les eaux usées traitées pour des usages bien précis comme l’arrosage d’espaces verts ou le lavage des véhicules. Nous maitrisons les technologies et les savoir- faire pour garantir une conformité bactériologique et sanitaire suffisante de par notre positionnement dans différents pays comme l’Italie, le Qatar ou la Californie qui pratiquent déjà la réutilisation d’eaux usées traitées. Historiquement, la France connaît très peu de situations de stress hydrique. Avec le temps et les évolutions climatologiques, certaines zones pourraient être confrontées à des manques d’eau. L’intérêt de valoriser les eaux usées en les recyclant fera alors sens.

La technologie et l’innovation peuventelles aider à résoudre les problèmes de disponibilité de la ressource en eau ?

En France, les consommations d’eau baissent en moyenne de 1 % par an depuis plus de 15 ans. C’est le signe que les industriels et les particuliers ont pris conscience qu’il fallait maîtriser les consommations. Nous devons aller vers un usage toujours plus raisonné de la ressource avec cette vision que demain, il sera nécessaire d’assurer la disponibilité de la ressource. Les technologies, aujourd’hui, sont appliquées là où des problématiques de disponibilité de ressource existent. Les technologies de l’information permettent d’améliorer la maîtrise et l’anticipation en temps réel des épisodes qui interviennent sur les réseaux d’eau. Nous avons lancé Aquadvanced, une solution de gestion intelligente et en temps réel : par le biais de l’instrumentation et des capteurs dont nous récupérons les informations par radio, par téléphone, etc. L’ensemble de ces données sont traitées à travers des systèmes experts qui nous permettent d’avoir une gestion plus efficace, avec une capacité d’anticipation et une réactivité plus forte. C’est un cycle d’amélioration que nous mettons en oeuvre dès lors qu’il y a un intérêt à le faire et que la collectivité le souhaite.

Les réseaux d’eau sont en mauvais état. Quels sont les pistes possibles pour inciter les collectivités locales à investir dans la rénovation ? 

Notre rôle en tant qu’opérateur est de rappeler les enjeux associés au bon renouvellement des réseaux. Il est vrai qu’aujourd’hui, les investissements des collectivités commencent à être insuffisants. Beaucoup de réseaux urbains ont été construits dans les années 1960-1970 et commencent à vieillir. Notre rôle est d’attirer l’attention sur le fait que si les investissements ne sont pas faits de manière assez régulière, il pourrait y avoir un retour de balancier dans quelques années.

L’intelligence appliquée aux réseaux d’eau est-elle en passe de révolutionner le secteur de la gestion de l’eau ?

Dans nos métiers, les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) constituent un formidable levier pour répondre aux défis de l’eau. Elles font émerger des solutions « smart » qui apportent une vision permanente et fiable de l’activité du cycle, de la production d’eau potable à l’assainissement, en passant par la consommation. D’une part, elles permettent d’être plus efficace, de mieux gérer et donc de proposer un service à un meilleur rapport qualité-prix ; d’autre part, elles nous permettent de proposer des services nouveaux aux collectivités et aux consommateurs. C’est Ondeo Systems, filiale de Suez Environnement, qui développe ces solutions Smart intégrant les nouvelles technologies de l’information appliquées à nos domaines, pour le compte des collectivités. D’où la mise en place de nombreux services et produits comme Aquadvanced pour le pilotage et la gestion en temps réel des réseaux d’eau. Pour l’assainissement, nous disposons d’une gamme de solutions de gestion des événements pluvieux baptisée Influx que nous avons mise en place à Bordeaux, Marseille, en région parisienne et à Mulhouse. La création des centres Visio est un autre exemple d’aboutissement de l’intégration de ces technologies. Ils donnent une vision à 360° du service de l’eau grâce au regroupement, sur un même site, des différentes expertises et différents systèmes intelligents de gestion d’eau pour donner une meilleure anticipation, une meilleure vision, un meilleur rendu à la collectivité. Le premier centre en France a été inauguré à Rillieux-la-Pape, en région lyonnaise, le 9 septembre dernier. 14 autres centres seront déployés à travers la France dans les deux ans qui viennent.

Nous n’avons pas changé de métier, c’est notre métier qui change, comme nos clients évoluent.

Quel budget consacrez-vous chaque année à la recherche & développement et quelles seront les prochains axes de recherche ?

Le budget consacré à la recherche et développement pour le groupe Suez Environnement est de l’ordre de 75 millions d’euros par an. Dans le domaine de l’eau, les recherches sont très centrées sur les nouvelles technologies de l’information. Nos chercheurs travaillent aussi activement sur la station d’épuration de demain, comment la rendre moins coûteuse, plus économique grâce à la valorisation des boues d’épuration, la récupération de l’énergie, la valorisation du biogaz. De même pour l’usine d’eau de demain, nous organisons une veille sur les polluants émergents, comment pourrons-nous les traiter s’ils deviennent demain un enjeu sanitaire ? On peut également citer l’enjeu fort sur le dessalement d’eau de mer, même si ce n’est pas vraiment une application française à l’heure actuelle. Nous essayons d’avoir une recherche à la fois opérationnelle et concrète, avec des effets à deux-trois ans ainsi qu’une recherche plus fondamentale à long terme. De plus en plus, nous nous ouvrons vers l’extérieur en travaillant avec des universités et des laboratoires. Nous avons créé dernièrement le fonds d’investissement « Blue Orange ». Il mise sur des start-ups qui développent des technologies qui pourraient être utilisées dans notre domaine. Certaines proposent des solutions innovantes qui pourront avoir un impact demain. Apporter des solutions différentes et nouvelles, porteuses d’efficacité ou de nouveaux services, c’est notre rôle.

Propos recueillis par Blandine Klaas

 

 

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