Collectivités locales

Rémi Cunin : directeur général délégué Infrastructures et France chez Egis

Pour Rémi Cunin, l’aménagement d’une ville se conçoit avec intelligence et dans le respect du territoire. C’est ainsi qu’il définit la mission d’accompagnement du groupe tout au long de la vie d’un projet, afin de concevoir une ville durable, capable d’anticiper les besoins futurs. Les nombreux projets réalisés en France, mais aussi à travers le monde, visent un même objectif : améliorer durablement le cadre de vie. Les routes, les bâtiments, les tramways et les métros, les usines de traitement d’eaux, mais aussi les systèmes mis en oeuvre vont rendre progressivement nos transports plus faciles et nos villes plus accueillantes.

Egis est présent dans les domaines des transports, de la ville, du bâtiment, de l’industrie, de l’eau, de l’environnement, de l’énergie, comment décririez-vous votre rôle auprès des collectivités locales ?
Le conseil et l’ingénierie dans les domaines des transports et de l’aménagement de la ville (construction - bâtiment, travaux publics, transports, eau, environnement) sont les deux grands domaines d’intervention de notre groupe auprès des collectivités locales. Notre rôle est comparable à celui d’un architecte puisque nous sommes présents tout au long de la vie d’un projet, du conseil à l’écoute des besoins, à la conception. Nous assistons la collectivité dans la désignation des entreprises ; cela fait partie de notre savoir-faire. Nous participons à la direction du chantier jusqu’à la réception de l’ouvrage et sa livraison publique, voire son exploitation dans le cas des autoroutes ou des aéroports. Les élus sont à l’initiative des projets. Néanmoins, dans les phases les plus décisives, ils ont besoin de s’entourer de sachants et d’experts aussi bien dans les domaines technique, économique que juridique, pour savoir ce qu’il est possible de réaliser dans leur collectivité en fonction des besoins qu’ils expriment. Nous les aidons à formuler ces besoins puis à mettre en oeuvre le projet, dans la solution la plus économique, avec bien entendu le souci de l’usage qui en sera fait. De plus en plus, on parle d’infrastructures durables, de constructions durables. Il ne s’agit pas d’un vain mot. L’ouvrage doit répondre à un besoin dans le temps et être économe en ressources. Cela fait partie des solutions que nous pouvons apporter.

Sur quelles bases repose le caractère multidisciplinaire de votre groupe ?
Le groupe est né du rassemblement de plusieurs sociétés d’ingénierie qui étaient elles-mêmes leader dans des domaines très spécialisés des routes, des transports, des bâtiments, de l’eau ou de l’environnement et qui, aujourd’hui, travaillent sous la bannière Egis. C’est une volonté stratégique de disposer en permanence de compétences dans les disciplines nouvelles comme c’est le cas actuellement pour les technologies de l’information et de la communication qui nous permettent de mettre en oeuvre des bâtiments et infrastructures intelligents.

Travailler à l’international constitue-t-il un atout ?
Notre groupe est présent dans plus de 100 pays. Dans notre métier il faut à la fois être proche des clients et connaître le terrain local. Il faut également avoir une expertise très pointue et c’est avec la connaissance de ce qui se fait à l’international que nous pouvons apporter cette expertise sur des sujets de transports ou de construction. À Bordeaux, nous avons assuré l’ingénierie du pont Jacques- Chaban-Delmas pour le compte de la communauté urbaine de Bordeaux et remporté, avec cette réalisation, le grand prix national de l’ingénierie du ministère de l’Écologie, du développement durable et de l’énergie et du ministère du redressement productif, en partenariat avec Syntec ingénierie.

Pour réaliser ce pont levant à la technologie très pointue, nous avons travaillé avec des acteurs reconnus au niveau mondial. C’est un bel exemple de proximité et de spécialité mondiale. Pour pouvoir, en effet, attirer les meilleurs experts, il faut travailler sur une échelle mondiale. Aujourd’hui, nous faisons partie des sociétés connues dans leur spécialité. C’est grâce à notre expertise reconnue dans le domaine des métros automatiques que nous avons notamment remporté un contrat très important pour le métro de Riyad, en Arabie Saoudite. Nous assistons la municipalité pour la construction de six lignes de métro. C’est un projet aussi important que celui du grand Paris.

Egis se définit comme un acteur de proximité. Quels sens donnez-vous à ce terme de « proximité » ?
Être un acteur de proximité, signifie trois choses importantes : l’ancrage dans le territoire et la connaissance du terrain, la présence auprès des décideurs et des populations puisque c’est avec eux que le projet se co-construit. Il y a enfin la notion d’adaptabilité car on ne peut appliquer partout les mêmes solutions. Chaque projet doit correspondre avec la réalité du terrain. Nous avons implanté une quarantaine de bureaux pérennes en France. C’est néanmoins insuffisant pour couvrir de près l’ensemble du territoire. Nous sommes conscients que certaines petites communes rencontrent des difficultés pour trouver une ingénierie de qualité. Dans le cadre de l’organisation actuelle des territoires, l’ingénierie privée ne peut pas toujours apporter le service dans des conditions économiques acceptables.

Les communes, les territoires affichent de fortes disparités et expriment des besoins très différents. De quelle manière s’adapte-t-on à cette réalité ?
On ne peut appliquer les mêmes solutions partout. Chaque territoire affiche sa différence. La bonne connaissance de ces territoires est ce qui constitue notre force, notre savoir-faire. Dans notre mission de conseil et d’ingénierie, nous prenons le temps de recueillir l’ensemble des données de contexte et d’environnement, de faire expliciter les besoins généralement implicites de la volonté politique autour d’un projet d’aménagement. Ce sont les décideurs locaux qui portent les spécificités de chaque projet. C’est ensuite à nous de marier la connaissance de ces territoires avec la connaissance des technologies. C’est cela qui garantit la qualité du projet. Nous avons décliné cette idée à l’international à travers le concept My city by Egis, porteur d’une certaine qualité de la ville et de la vie, avec notamment le principe de ne pas reproduire ici et là des solutions toutes faites.

Quels seront, selon vous, les grands défis de la ville de demain et comment comptez- vous répondre à ces défis ?
Nous avons à résoudre plusieurs paradoxes. Nous voulons plus de mobilité, mais moins de pollution. Nous aspirons à plus de confort de vie dans les bâtiments et dans la ville, mais nous avons moins d’espace et devons économiser l’énergie. Il faudrait davantage respecter l’environnement et la qualité architecturale or les ressources financières manquent pour ces actions. Les citoyens réclament plus de démocratie participative autour des projets… dans un contexte de méfiance envers les politiques. Tous nos projets sont soumis à ces injonctions contradictoires mais c’est aussi ce qui rend notre métier passionnant parce nous devons, d’une certaine manière, résoudre des équations très difficiles. La ville se redessine en permanence. Il faut sans cesse la rendre agréable, adaptable et puis surtout, anticiper les besoins futurs. Nous vivons dans un monde d’incertitude et pourtant, il nous faut concevoir une ville durable. D’où l’importance de rassembler au sein de notre groupe un grand nombre de compétences. Mais c’est aussi en rassemblant pour les projets dont nous avons la charge des architectes, des paysagistes, des urbanistes, des spécialistes dans les domaines des systèmes, de la mobilité, de l’énergie, etc. que nous parviendrons à réaliser des projets qualitatifs capables de répondre à une attente globale. La ville est un lieu de vie avec des attentes complexes. Nous devons « manager » cette complexité.

Quels sont les prochains enjeux la ville ?
La mobilité et l’énergie sont des sujets majeurs et les enjeux de demain. Parmi les solutions que nous proposons en matière de mobilité, le partage d’espace avec un projet récemment mis en oeuvre à Lyon, dans le tunnel de la Croix-Rousse : la création d’une galerie de sécurité dédiée aux modes de déplacement doux. L’inauguration a eu lieu en décembre 2013. C’est une nouvelle manière de vivre la ville. Jusqu’à présent personne n’aurait imaginé traverser ce tunnel de 1,8 kilomètre à pied ou à vélo.

Nous investissons aussi sur des concepts permettant de réserver des places de stationnement en surface avec un smartphone. Il y a un intérêt certain pour ce type de solutions dans la mesure où en période de pointe, dans les grandes villes, jusqu’à 25% des voitures qui circulent recherchent une place de stationnement. Cela correspond à plus de 20 minutes de recherche, jusqu’à 30 minutes pour une place libre à Nice. Nous y gagnerons en termes de pollution et d’encombrement de l’espace.

La sobriété énergétique est un sujet majeur dans les collectivités locales, tout comme d’une manière générale les préoccupations environnementales, comment répondez-vous à cette tendance ?
Réduire la consommation énergétique des bâtiments est un des enjeux majeurs de la ville de demain. Aujourd’hui, nous maîtrisons toutes les exigences normatives pour les constructions neuves. Nous avons par exemple assuré la maîtrise d’oeuvre pour le nouvel immeuble de bureaux de la communauté urbaine de Bordeaux, un bâtiment dit « à énergie positive », qui dans sa conception même, est une source d’énergie avec l’objectif d’être autosuffisant. Pour répondre aux exigences de sobriété énergétique, les bâtiments existants devront obligatoirement passer par l’étape de la rénovation. C’est un problème complexe parce qu’il touche directement une grande partie du patrimoine bâti des collectivités locales, composé de collèges, lycées, écoles, musées, salles de sport, bâtiments municipaux, etc.

Certains projets de réhabilitation peuvent être lourds et doivent satisfaire à un délai de retour sur investissement acceptable. Il y a un véritable enjeu d’accélération si l’on veut véritablement s’attaquer à ce problème. La rénovation est un sujet que nous abordons sous l’angle pédagogique. Nous avons créé un site internet intitulé « la rénovation.fr » sur lequel nous diffusons des informations sur la rénovation thermique. Nous éditons également des guides de vulgarisation : le « petit manuel pratique de transition énergétique » et le « guide interactions Energie Climat ». Avec du bon sens, par exemple en faisant plus attention aux principes de conception, il est possible de modifier un paysage urbain dans le sens des économies d’énergie. Ces guides diffusés gratuitement sont un moyen de dialoguer avec les techniciens des maîtres d’ouvrage.

Les collectivités disposent de ressources de plus en plus limitées. Quelle est votre stratégie pour continuer, malgré tout, à les accompagner dans leur développement ?
C’est notre rôle de faire en sorte que nous puissions satisfaire les besoins des collectivités de la manière la plus économique possible. Pour cela, il est primordial d’agir en amont de l’expression des besoins et se méfier des solutions toutes faites qui, sous prétexte d’avoir été conçues de manière industrielle, sont moins chères et plus rapides. Il est important de bien dimensionner le projet pour éviter d’avoir à rogner sur les dépenses en cours de réalisation. Lorsque nous sommes intervenus à Montbéliard sur un projet de transport en commun en site propre, la demande initiale consistait à réaliser une seule ligne. C’est en travaillant avec la collectivité sur les besoins du territoire que nous sommes arrivés à proposer une solution globale avec deux lignes de transport, un réseau de rabattement, pour un budget inférieur au chiffrage initial. Ceci parce nous avions mieux spécifié le besoin, et optimisé la réponse, ce qui suppose d’intervenir évidemment très en amont du projet. La dimension conseil/optimisation de projets est très importante et je pense qu’en cette période de disette économique, il est important que les projets soient revus de cette manière-là.

D’autres solutions existent pour optimiser les coûts. Nous avons mis en oeuvre des achats groupés de matériels roulants. Ainsi, Dijon et Brest se sont regroupées pour l’achat des rames de leurs tramways. Construire une série plus longue pour un industriel réduit les coûts unitaires, mais pour cela les deux villes ont dû s’accorder sur les spécifications du matériel roulant. Caen la Mer et Amiens Métropole suivent la même voie pour une mise en service fin 2018 pour l’une et au printemps 2019 pour l’autre. Il s’agit de solutions pratiques et de bon sens qui permettent, malgré des budgets très serrés, de satisfaire à des besoins vitaux.

Sur quels chantiers travaillez-vous actuellement ?
Parmi les grands chantiers en cours, la route du Littoral, à la Réunion est le plus important. C’est un projet d’1,6 milliard d’euros d’investissement. Nous travaillons également par exemple sur le projet Artem à Nancy ; il s’agit d’une nouvelle école qui rassemble trois disciplines sur un campus universitaire : art, technologie et management, avec une première phase mise en service en 2010 et une deuxième phase prévue en 2014. L’ensemble accueillera plus de 3 500 étudiants. À Toulouse, nous assurons la maîtrise d’oeuvre pour le projet de transformation de la gare de Matabiau et des quartiers qui l’entourent, dans la perspective de l’arrivée de la LGV à l’horizon 2020.

À Belfort, nous travaillons sur le réaménagement d’un quartier de 66 hectares. En Guadeloupe, nous avons remporté un contrat d’assistance technique pour la réhabilitation et l’exploitation de quatre barrages. Nos interventions portent aussi sur des projets plus modestes comme la réalisation d’un carrefour giratoire sur une voie communale à quelques pas de notre siège. La pluridisciplinarité de notre groupe et la complémentarité de nos équipes nous permettent d’être présents sur des projets de toute nature et de toute taille, du simple quartier à la grande métropole.

 

Propos recueillis par Blandine Klaas

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