Collectivités locales
Nicolas Gravit, directeur d’Eiffage Aménagement Nicolas Gravit, directeur d’Eiffage Aménagement © Jim Wallace

Nicolas Gravit, directeur d’Eiffage Aménagement : «  La mixité d’usage et de fonction est la clé des futurs aménagements urbains »

Un décloisonnement s’opère peu à peu dans la manière de concevoir les projets d’aménagement. Des opérateurs privés interviennent aux côtés des collectivités locales et des acteurs publics, en amont des projets et jusqu’à leur réalisation. Une vraie valeur ajoutée selon Nicolas Gravit, directeur d’Eiffage Aménagement.

Les relations entre les collectivités et les aménageurs ont-elles évolué au fil du temps ?

Un changement d’état d’esprit s’est opéré, créant une véritable révolution dans notre mode de fonctionnement. La coproduction public-privé se développe depuis 4 ans environ. Il s’agit de parte-nariats que nous signons avec les aménageurs publics pour développer des lots à l’intérieur d’importantes opérations d’aménagement. Plus récemment sont apparus les appels à manifestation d’inté-rêt à travers lesquels les aménageurs sont invités à imaginer un projet dans toutes ses composantes. C’est une vraie tendance. D’ailleurs, un réseau national des aménageurs, dont Eiffage Aménagement fait partie, a été constitué par l’État, au sein duquel des acteurs publics et privés réfléchissent ensemble à ces nouveaux modes de production. L’idée étant de formuler des propositions de bonnes pratiques opérationnelles ou de méthodes.Nous avançons ensemble avec les villes sur ce type de projets. Le décloisonnement est donc aujourd’hui réel. Les collectivités font en sorte que les opérateurs soient, de manière plus systématique, associés très en amont au développement des opérations d’aménagement. Ce n’était pas une démarche usuelle il y a encore quelques années. De plus en plus, on nous demande de concevoir les projets avec pour base un cahier des charges très simple. Cette intervention en amont des projets nous permet de sortir du cadre habituel et d’être plus imaginatifs. Nous apportons des idées de programmation auxquelles les villes ne pensent pas forcément. En ce qui concerne Eiffage Aménagement, cela est d’autant plus possible grâce aux synergies qui s’opèrent entre les différentes branches métier du groupe Eiffage. Par ailleurs, certaines communes de taille modeste ne disposent pas dans leurs services des ressources ou des compétences nécessaires.

 

La manière de monter un projet a-t-elle aussi évolué ?

Revenons en arrière sur une quinzaine d’années. Au fur et à mesure que sont apparues de nouvelles lois et de nouvelles obligations en termes d’environnement ou de concertation avec les populations, le temps de montage des opérations s’est allongé. Il y a quinze ans, il était encore possible de monter une opération en un an. Aujourd’hui, il faut compter deux à trois ans - voire plus - pour obtenir toutes les autorisations. Les réglementations et les normes se sont multipliées au fil des années, notamment les études d’impact liées aux problématiques environnementales. Les concertations avec les populations locales sont elles aussi devenues plus complexes, même si la nature des réunions publiques reste la même. L’allongement des délais est un véritable frein, notamment dans une région comme l’Île-de-France où il est urgent de produire des logements rapidement.

 

Vous impliquez-vous dans la revitalisa-tion des centres-villes ?

Faire revenir les usagers dans le centre-ville est à mon sens un enjeu prioritaire. Pendant plusieurs décennies, les commerces ont été développés à outrance en périphérie, conduisant à la dévitalisation des centres-villes. Pour revitaliser les centres-villes, il faut impérativement dégager des opérations mixtes et créer des événements pour les rendre attractifs. C’est un travail conjoint entre le maire qui va séduire les enseignes pour qu’elles reviennent, et l’aménageur puisque nous avons des compétences commerciales au sein de nos équipes immobilières. C’est ainsi que de manière indirecte, nous pouvons accompagner les communes dans une analyse de la revitalisation de leurs centres-villes. À Dijon par exemple, avec la création de la Cité Internationale de la Gastronomie et du Vin qui sera achevée en 2019, nous allons participer à dynamiser le centre-ville. Cette opération sera réalisée dans l’ancien hôpital de Dijon situé à proximité du secteur sauvegardé ; un secteur où la viabilité de quelques commerces pourrait être menacée. La réflexion que nous avons menée avec la Ville nous a également conduits à la nécessité d’apporter des activités de loisirs. Nous avons ainsi fait le pari de travailler avec les opérateurs de cinéma du centre-ville.

 

La ville intelligente est un autre défi auquel vous devez sans doute apporter des réponses ?

Nous en avons un très bon exemple à Marseille où nous avons entrepris la re-conquête d’un quartier en déshérence. Le groupe Eiffage dans son ensemble a mené un travail de fonds pour créer Smartseille, un nouvel éco-quartier de 58 000 m2 au service de ses habitants avec une économie maîtrisée et des dépenses énergétiques optimisées. Notre défi consistait à reconquérir ce quartier et à le lier avec les autres secteurs de la ville, et notamment le centre-ville. La commercialisation des logements fonctionne très bien. Sur l’aménagement d’un tel quartier, nous misons sur les services. À Smartseille, nous avons créé une conciergerie à l’échelle du quartier avec l’idée qu’elle profite à tous. Elle apporte une multitude de services non seulement aux habitants, mais aussi à tous ceux qui fréquentent les bureaux, les résidences, les hôtels, etc. Parmi les services proposés, l’autopartage ou la mutualisation des parkings (en partenariat avec la start-up Zenpark). Pour le chauffage, la boucle à eau de mer permettra d’alimenter les immeubles du quartier en eau chaude, et grâce à un système de réversibilité, les besoins en froid des bureaux seront assurés. C’est à la fois un moyen de réduire les coûts et d’apporter un maximum de confort et de bien-être aux occupants. À travers nos opérations, nous essayons de développer des technologies nouvelles avec l’aide de start-up. Tout un ensemble d’innovations a ainsi vu le jour dans le cadre du projet Smartseille, comme le procédé de mycoremédiation que nous avons testé avec succès. Il s’agit d’une méthode de dépollution douce à l’aide de champignons. Les champignons absorbent le plomb, le cadmium et leshydrocarbures présents dans le sol.

 

Quelle est votre conception de l’aménagement ?

En matière d’aménagement, les innovations sont techniques, mais aussi sociales. Nous développons, au sein d’Eiffage, deux types de nouveaux bâtiments : le premier en partenariat avec RéciproCité,baptisé Cocoon’Ages, est un concept de résidences intergénérationnelles équipées d’espaces communs. Il s’agit de proposer aux habitants de l’immeuble des services d’accompagnement en termes d’animation, d’entretien, etc., et de le faire de manière intergénérationnelle. L’objectif étant que les plus jeunes et les plus anciens se rencontrent et interagissent ensemble. Un gestionnaire-animateur assure le lien entre les habitants et veille au bon fonctionnement de la résidence.Nous avons également un partenariat avec l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV), une structure en charge du logement d’étudiants « solidaires », à proximité de quartiers en déshérence. Les étudiants qui intègrent ces résidences rendent des services à la population locale dans le cadre de contrats d’engagement. C’est le concept  PS. La présence humaine est fondamentale. Nous en avons la conviction. Elle se retrouve à travers chaque type de partenariat que nous développons, mais aussi dans la conception des quartiers et de nos immeubles. Nous visons l’harmonie et le bien-être des habitants.

 

Comment aménagerez-vous demain ?

Les vrais changements porteront sur des avancées technologiques liées aux problématiques énergétiques. Les demandes liées à la filière sèche se développent et seront sans doute plus nombreuses, à savoir la construction bois qui occasionne notamment moins de nuisances en termes de chantiers et permet d’en réduire la durée. Un deuxième thème, plus difficile à appréhender, concerne les problématiques de mobilité. Quels seront les modes de déplacement demain ? Quelle sera la place de la voiture ? Nous sommes conscients que la mobilité est au cœur de l’urbanisme de demain. Réduire les espaces de stationnement constitue par exemple un début de solution. Nous notons des changements dans le comportement de certains élus qui acceptent désormais ce discours, ce qui n’était pas le cas il y a encore peu de temps. Dans les quartiers que nous aménageons, nous commençons à proposer des solutions alternatives à la voiture individuelle. Les nouveaux quartiers doivent être conviviaux, proposer des services, de la mixité sociale et des commerces, c’est fondamental. La mixité d’usage et de fonction est la clé des futurs aménagements urbains.

 

Propos recueillis par Blandine Klaas

 

Connectez-vous pour commenter

Découvrir

Feuilleter le magazine

S'abonner


Pour toute question, merci de nous contacter

  • Stéphane Beaudet président de l’Association des maires d’Île-de-France
    Stéphane Beaudet président de l’Association des maires d’Île-de-France À quelques jours de la vingtième édition du salon des maires d’Île-de- France, qui se tiendra à Paris les 12,13 et 14 avril, Stéphane Beaudet, président de l’Association des maires d’Île-de-France (AMIF), revient en détail sur les particularités des communes franciliennes, leurs attentes et les défi s qu’elles devront relever dans un proche avenir.   Vous êtes à la tête de l’Association des maires d’Île-de-France depuis un an et demi, quels chantiers avez-vous mis en oeuvre ? L’AMIF était l’un des interlocuteurs privilégiés…