Collectivités locales
« Nous sommes désormais un acteur incontournable du monde des finances locales » © Agence France Locale

« Nous sommes désormais un acteur incontournable du monde des finances locales »

Après 21 mois d’activité, l’Agence France Locale, dont le capital est détenu à 100 % par des collectivités, remplit la mission qui lui a été confiée : financer les investissements des collectivités locales. Avec plus d’un milliard de prêts délivrés en 2016, elle s’affiche désormais comme un partenaire financier incontournable. Entretien avec Yves Millardet, président du directoire de l’Agence France Locale.

L’Agence France Locale a achevé l’année 2016 avec un total de plus d’un milliard de prêts délivrés aux collectivités locales. Comment expliquez-vous ce succès ?

Nous avons signé près de 200 contrats de crédit, aussi bien des contrats de 15 000 € pour de toutes petites communes comme des contrats de 40 M€ pour de grandes métropoles. Ce résultat atteste que nous sommes désormais un acteur incontournable du monde des finances locales. Il est aussi le signe que nous sortons définitivement de la période de construction de l’Agence France Locale, dont l’activité a démarré en avril 2015, et avançons sur le chemin de sa consolidation.

Certes, nous devons poursuivre notre développement en accueillant beaucoup plus de collectivités, mais nous avons déjà démontré qu’avec celles qui étaient présentes, elles sont 173 aujourd’hui, nous sommes un acteur dont probablement elles auraient du mal à se passer. En effet, nous exerçons une certaine pression sur le marché qui leur bénéficie fortement. Le franchissement du milliard d’euros de prêts délivrés en 2016 fait de l’Agence un acteur pérenne indiscutable et indispensable.

173 collectivités ont aujourd’hui rejoint l’Agence France Locale. Combien de membres souhaitez-vous accueillir à terme ?

Se fixer un objectif chiffré de collectivités adhérentes n’aurait pas de sens puisqu’il existe en France un nombre important de très petites collectivités qui comptent pour certaines quelques dizaines d’habitants. Nous avons en revanche une volonté réelle d’expansion. Nous souhaitons notamment accueillir de nouvelles régions dans l’actionnariat de l’Agence France Locale, mais également des départements qui ne sont que 5 actuellement, et des métropoles. Il y a probablement au moins 15 000 collectivités potentielles entre toutes les agglomérations petites et grandes et les petites communes qui empruntent de temps en temps. Nous devons effectuer un travail d’image et de communication pour que tous les élus puissent mieux nous connaître et franchir le pas.

Quelles sont les motivations des collectivités qui vous rejoignent ?

Les premières collectivités qui ont rejoint l’Agence sont celles qui ont connu les travers du monde précédent. Viennent ensuite celles qui avant même notre démarrage opérationnel nous ont rejoint pour des raisons de stratégie et de politique ; elles étaient à la recherche d’indépendance dans les financements par rapport à des organismes privés ou d’État qui n’avaient pas fait leurs preuves. Nous avons identifié une troisième vague de structures qui adhèrent à l’Agence France Locale avec deux objectifs, le premier étant le coût de financement. Ces collectivités voient bien que notre dispositif nous permet d’être globalement en ligne avec les meilleurs acteurs du marché, voire d’atteindre les niveaux les plus performants du moment. Le second critère étant celui de l’autonomie des collectivités locales par rapport aux établissements financiers liés à l’État. Elles ont manqué d’autonomie, ce qui leur a coûté cher et l’Agence France Locale représente probablement le plus gros symbole de la décentralisation en France. Les collectivités ont réussi à créer elles-mêmes, sans l’intervention de quiconque, une institution financière qui est reconnue mondialement et qui est rapidement devenue efficace.

La suppression du seuil de 3 000 € pour l’adhésion depuis janvier 2015 a-t-elle favorisé l’arrivée de nouvelles communes ?

Il est vrai qu’en 2016 une trentaine de toutes petites communes sont devenues membres de l’Agence et pour lesquelles le seuil de 3 000 € aurait été potentiellement un blocage. Le fait d’avoir aligné le droit d’entrée des petites collectivités sur celui des grandes génère en permanence un flux d’entrées important. Il me semble utile de rappeler la raison pour laquelle nous avions différencié les petites et les grandes collectivités. Lorsque nous avons créé l’établissement, nous ne pouvions prendre le risque d’avoir à gérer un volume d’entrées de toutes petites communes qui aurait été trop important parce que le temps de traitement de ces entrées nous aurait détourné de notre mission essentielle, à savoir la construction de la banque qui a nécessité beaucoup de temps de travail. Nous avons créé ce dispositif qui permettait d’être certains que nous n’allions pas être trop dérangés. En revanche, dès que la banque a été créée, juste avant de commencer l’activité opérationnelle, nous avons modifié les règles pour aligner les conditions d’entrée de toutes les collectivités dans l’agence.

Peu de temps après la création de l’AFL, un objectif de 25 % de parts de marché d’ici 8 à 10 ans était fixé. Cet objectif vous semble-t-il toujours réalisable ?

Cet objectif que nous nous sommes fixés à terme est plus que jamais d’actualité. Nous avons commencé notre première année d’activité avec 3 % de parts de marché nationale, alors que nous n’avions que 130 membres en fin d’année 2015. Nous terminons l’année 2016 avec une part de marché nationale de 4 % et 173 membres. Il est important que nous nous inscrivions en permanence dans une évolution forte parce que dans tous les pays où des structures comme l’AFL ont été créées, ces structures ont vocation à perdurer. La durée que prendra le temps de la montée en puissance importe peu puisque nous montons en puissance également dans le stock total de la dette des collectivités locales. Dans les deux cas, notre souhait est d’atteindre 25 % le plus rapidement possible. Aujourd’hui l’argent est disponible et peu cher grâce à l’intervention de la BCE. Une situation qui pourrait changer rapidement car elle reste fragile. Notre ambition est la suivante : réussir le démarrage et la consolidation de l’agence en montrant que notre part de marché va augmenter. Aujourd’hui c’est le cas.

Quelles sont les perspectives de développement de l’AFL en matière de produits et services ?

En novembre dernier, nous avons étoffé notre offre avec deux nouveaux produits de financement. Ainsi, les collectivités peuvent désormais bénéficier de lignes de trésorerie et de prêts à long terme assortis de phases de mobilisation progressive. Le partenariat signé en juin 2016 avec la société Lendosphère répond à une autre logique. Nous voulons faire partie du train des émissions vertes qui sont et seront de plus en plus importantes. Après avoir restauré un peu de calme et de légitimité financière en créant l’Agence France Locale, nous voulons aller plus loin en devenant un acteur de la finance responsable.

Le partenariat avec Lendosphère est une première pierre qui permet d’afficher l’Agence France Locale dans ce domaine. Ces opérations restent toutefois modestes et limitées, mais nous n’excluons pas de poursuivre notre développement dans l’émission d’obligations vertes un jour ou l’autre. Nous serons présents sur ce marché dès que nous estimerons que la consolidation de l’agence est suffisante pour y être.

Que pensez-vous de la situation financière des collectivités locales ?

Nous n’avons pas cru, au moment de la création de l’agence, à la dégradation forte des finances du secteur local telle qu’elle a parfois été véhiculée. Au plan global, on peut dire que les collectivités locales françaises ont une situation financière saine, voire très saine. Aujourd’hui, les chiffres dont nous disposons nous donnent raison. Ceux de l’année 2015 montrent qu’il n’y a pas de dégradation majeure du secteur local français malgré tous les discours entendus.

En revanche, dans le détail, il peut y avoir des disparités avec des collectivités plus en difficultés que d’autres. L’écart de solvabilité entre les meilleures et les moins bonnes s’est peut-être un peu accru par endroits et tout banquier y est sensible. Mais je dirais qu’il n’y a rien de dramatique, loin s’en faut, et globalement les élus locaux font leur travail. Lorsque des élus nouvellement nommés arrivent dans une collectivité en difficulté, dans le pire des cas, ils décident de remettre à plus tard l’amélioration. Dans tous les cas, ils ne la dégradent pas.

Notre message est donc positif. Rappelons que l’Agence France Locale est là, dans les cas difficiles, pour expliquer aux élus, qui sont aussi les actionnaires de l’agence, où sont les efforts à faire pour restaurer des situations lorsqu’elles deviennent compliquées.

Par ailleurs, nous sommes particulièrement attentifs à proposer aux collectivités des produits simples. On pourrait penser que, depuis la crise financière, les produits de financement opaques ont quitté le monde des collectivités locales. Or nous constatons leur résurgence. Certes ces produits opaques ne sont pas aussi toxiques que les précédents, mais ils permettent aux établissements qui les proposent de générer des marges supérieures à celles du marché. Seules quelques collectivités locales auront les moyens techniques de recalculer les montants et s’assurer qu’au final elles obtiendront un produit de bonne qualité. Mais la majorité d’entre elles n’en auront pas les moyens et repartiront dans un monde où, si l’Agence France Locale n’était pas là, le volume des marges payées au marché du crédit serait supérieur à ce qu’il devrait être. C’est une déperdition d’argent public et aujourd’hui, nous n’en avons plus les moyens.

Propos recueillis par Blandine Klaas

 

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