Collectivités locales
Chrisophe Van de Walle (La Banque postale) Chrisophe Van de Walle (La Banque postale) Alexandre Nestora

Christophe Van de Walle : "la banque des territoires c'est nous !"

Nommé en 2012 à la direction du projet « financement local » de La Banque Postale, Christophe Van de Walle a su bâtir rapidement une nouvelle offre de financement à destination de ce nouveau secteur. Et a pris 15 % du marché en un an. Décryptage.

En 2012, La Banque Postale a lancé une première série d’offres de financement à destination des collectivités locales. Quel est le point de départ de votre volonté de s’attaquer à ce marché ?

Nous avons répondu à une demande des pouvoirs publics qui nous ont sollicités, en 2011, pour financer les collectivités locales. Dexia, le premier acteur du marché du financement des collectivités locales avait cessé ses activités et les collectivités rencontraient des difficultés pour trouver des financements nouveaux. Parallèlement, les banques traditionnelles avaient elles aussi des difficultés à prêter compte tenu des nouvelles normes Bâle III. Ces normes sont une réponse à la crise financière et visent principalement à renforcer le niveau et la qualité des fonds propres des banques et à améliorer la gestion du risque de liquidité. C’est dans ce contexte que nous sommes arrivés sur le marché avec l’intention de devenir la banque au service des territoires et de l’ensemble des acteurs économiques régionaux.

La Banque Postale possède dans ses gênes une proximité avec les collectivités locales ?

Il faut savoir que deux bailleurs sociaux sur trois possèdent un compte à La Banque Postale et une association sur trois. Nous détenons une richesse de portefeuilles, une richesse de fonds de commerce que nous n’utilisions pas, tout simplement parce que nous n’étions pas autorisés à faire du crédit. Nous avons obtenu cette autorisation pour les personnes morales en septembre 2011 et pour les collectivités locales en avril 2012. Il s’agissait donc d’une opportunité de démarrer dans un secteur en totale reconfiguration. De plus, il était naturel pour La Banque Postale, filiale de la Poste, d’aborder le marché des collectivités locales puisque nous étions déjà en relation avec elles pour l’ensemble des autres métiers du Groupe.

Vous avez démarré avec des offres simples, en soutien des trésoreries. Comptez-vous les étoffer ?

Il n’était pas question pour nous de vendre des produits structurés. Nous souhaitions commercialiser des offres simples, adaptées aux besoins de nos clients. Pour cette raison, nous avons décidé de différencier les collectivités en fonction de leur taille, et de proposer à chaque catégorie les produits dont elles pouvaient avoir besoin. En juin 2012, nous avons commencé par une offre de ligne de trésorerie. L’idée étant d’aider les collectivités à couvrir leurs dépenses de fonctionnement. Cette offre très souple chez LBP permet de gérer sans stress sa trésorerie quotidienne. Cela a été un pari gagnant, dès la première année, après 6 mois d’exercice, nous avons octroyé 1,5 milliard d’euros d’autorisations de crédit.

Face à une crise des liquidités, la demande des collectivités locales était sans doute très forte. Quelle a été la démarche commerciale de La Banque Postale pour faire connaître ses offres auprès des collectivités locales ?

Nous prônons des valeurs de proximité. Notre modèle économique ne pouvait que contribuer à servir l’ensemble des collectivités locales, quelle que soit leur taille. Nous avons commencé par organiser un grand tour de France pour les écouter. Notre but n’était pas seulement de mettre en place des lignes de trésorerie mais aussi de proposer des offres pour le financement des investissements. 60 réunions en région nous ont permis de comprendre ce dont les élus avaient besoin et c’est ainsi que nous avons pu ajuster nos offres. Nous avons lancé des crédits à moyen/long terme en novembre 2012, pour permettre aux collectivités de financer non plus les dépenses de fonctionnement seules mais aussi leurs dépenses d’investissement. Ces crédits sont généralement d’une durée de 15 ans, ils peuvent aller jusqu’à 20 ans voire 25 ans dans certains cas. Enfin, à La Banque Postale, nous possédons la maîtrise du produit, de l’offre, de la distribution et de l’analyse du risque. En revanche, nous nous appuyons sur différents partenaires pour les outils et la gestion des contrats ou encore pour nos offres de crédit-bail. Chez Dexia il existait un outil pour l’ensemble de la chaîne de gestion, repris depuis par la société SFIL avec laquelle nous avons passé un contrat de prestation de services.

Vous êtes-vous appuyé sur des structures existantes pour démarrer votre activité ?

Nous étions face à un véritable défi car nous n’avions pas d’équipes, pas d’outils et ne connaissions pas le marché ! Nous avons donc tout créé et réalisé des investissements importants afin de démarrer rapidement. Aujourd’hui notre réseau commercial est structuré en deux parties : en région, il repose sur 80 personnes environ, réparties sur six grandes zones et une vingtaine de sites. À Issy-les-Moulineaux, nous avons installé un pôle de relation à distance composé de 15 commerciaux qui répondent aux demandes de financements en provenance des petites collectivités locales dont les besoins sont en général simples. Ce que veulent nos interlocuteurs avant tout, c’est d’une part un conseiller et d’autre part une réponse rapide. Notre promesse principale est de répondre à leur demande sous trois jours. La banque des territoires c’est nous !

Avez-vous pu établir le profil des collectivités qui ont souscrit à vos offres ?

Il faut savoir que la demande était forte et que nous nous étions engagés à la satisfaire auprès des différentes associations d’élus. Nous nous sommes positionnés dès le démarrage comme la banque de tous. Ainsi, sur les 3 milliards de crédits que nous avons octroyés sur la période, 50 % des contrats ont été réalisés avec des communes inférieures à 5 000 habitants. C’est la preuve qu’il y avait un réel besoin. De la même manière, pour répondre aux besoins des petites communes, lorsque nous avons commencé notre activité en juin 2012, notre seuil minimum de financement était fixé à 200 000 €. Six mois plus tard, lorsque nous avons ouvert nos crédits à moyen/long terme, nous avons abaissé ce seuil à 100 000 € puis en mai 2013, nous sommes passés à 50 000 €.

Quelle est la mission de La Banque Postale Collectivités locales, entité créée en partenariat avec la Caisse des dépôts ?

Elle joue un rôle d’interface entre LBP et la SFIL mais son activité la plus visible est la réalisation d’études économiques sur le secteur public local qui permettent, par exemple, de donner une vision prospective de l’évolution des finances locales. En effet, notre ambition est d’apporter aux collectivités locales de la valeur ajoutée au-delà du seul financement de leurs besoins d’équipement. Les études publiées permettent d’éclairer les élus sur les grandes tendances de demain. Elles leur donnent une appréciation de leur situation financière par rapport à d’autres communes de la même catégorie. Lors du dernier congrès des maires de France, nous avons ainsi présenté une étude réalisée en partenariat avec l’Association des maires de France (AMF). Nous travaillons aussi avec l’Association des départements de France (ADF) pour lesquels nous étudions les dépenses sociales et comment ces dépenses peuvent évoluer dans le futur. Nous publions également deux notes de conjoncture par an dont la prochaine sera publiée le 16 avril. Par ailleurs, nous avons créé un comité d’orientation composé d’élus et de fonctionnaires territoriaux, un observatoire de la qualité en quelque sorte, qui veille à la transparence de nos offres et au caractère responsable de notre relation commerciale.

Après quelques mois d’activité, quelle est votre vision de la situation financière des collectivités locales, vous qui êtes au cœur de leurs besoins ?

Certains affirment qu’elles seraient mal gérées. Or, je constate que leur situation, dans une grande majorité, est plutôt bonne. La dette des collectivités locales est restée stable dans le temps par rapport au PIB français. Elle est à 9 %, ce qui était déjà le cas il y a 30 ans. Ceci montre que l’augmentation de la dette en France n’est pas liée à l’augmentation de la dette des collectivités locales. De plus, il y a une différence fondamentale entre la dette de l’État et celle des collectivités locales. La dette des collectivités locales sert à financer des investissements au service du développement économique, ou au service à la population. Elle ne sert pas à financer les dépenses de fonctionnement. C’est une grande différence de finalité. L’idée que les collectivités sont très endettées est fausse. En revanche, l’idée qu’elles pourraient être parfois mieux gérées est plutôt vraie.

Le renouvellement d’un grand nombre d’équipes municipales va-t-il appeler à un besoin nouveau d’information ?

Nous avons prévu, avec l’appui de l’Association des maires de France, de partir à nouveau à la rencontre des maires. Les nouveaux élus pourront bénéficier d’un programme de formation sur la construction de leurs budgets qui sera dispensée par notre service Études. Des sessions sont prévues dans l’ensemble des départements jusqu’à la fin de l’année avec des réponses à de nombreuses questions que pourront se poser les nouveaux maires : les finances locales d’une commune, comment ça marche ? Quelles sont les règles de constructions budgétaires ? Quels sont les leviers d’action ?

Quel est le bilan de votre activité de financement du secteur public après une année pleine de fonctionnement et quels sont vos objectifs pour les années à venir ?

Nous avions pris plusieurs engagements vis-à-vis de l’État. Nous devions démarrer notre activité, avant la fin de l’année 2012. Nous l’avons fait. Nous avions pris un engagement vis-à-vis des élus locaux en termes de services, de transparence, d’absence de produits structurés, etc., Nous l’avons fait. Nous avons élargi notre gamme de crédits qui est quasi complète aujourd’hui. Nous avions annoncé 3 milliards de prêts à moyen et long termes en 2013, et 3 milliards à court terme. Nous l’avons fait. Cela représente une part de marché d’environ 15 %. Enfin, nous avons ouvert les crédits aux hôpitaux le 1er juillet 2013 et capté près de 15 % de ce marché en quelques mois. Nous travaillons maintenant à élargir notre périmètre d’intervention. C’est ainsi que nous proposons notre offre aux sociétés d’économie mixte (SEM) depuis le 1er janvier 2014. Notre objectif initial était de prendre pied sur ce marché et d’en conquérir une part significative. Notre vocation n’est pas pour autant hégémonique ! Ce que nous souhaitons avant tout c’est accompagner nos clients dans la durée. Être un partenaire fiable ayant les reins solides. La Banque Postale possède ces deux qualités. Les clients peuvent compter sur nous pour tenir notre engagement.

Propos recueillis par Blandine Klaas et Stéphane Demazure

Connectez-vous pour commenter

Découvrir

Feuilleter le magazine

S'abonner


Pour toute question, merci de nous contacter

  • Maire de Nanterre, Patrick Jarry : pour un projet urbain populaire
    Maire de Nanterre, Patrick Jarry : pour un projet urbain populaire Maire de Nanterre depuis 2004 et conseiller général des Hauts-de-Seine, Patrick Jarry est un militant de sa propre ville qu’il défend bec et ongles face à la spéculation immobilière. Son principal objectif est de conserver son multiculturalisme tout en la projetant à l’horizon 2030 dans le contexte du Grand Paris. Candidat à la présidence de l’Epadesa, il souhaite non seulement y défendre les intérêts de sa ville mais aussi faire profiter l’ensemble du territoire de son développement. Entretien.
    Lire la suite