“Les pompiers sont des soldats de la vie qui interviennent dans toutes les crises”

A l’occasion du 127e congrès national des sapeurs-pompiers, Olivier Richefou, président de la Conférence nationale des services d’incendie et de secours (CNSIS) et président du SDIS de Mayenne évoque les nouvelles attentes de la profession.

Quels sont les enjeux du 127e congrès national des sapeurs-pompiers ?

Ils portent sur des sujets essentiels pour lesquels nous avons des attentes très fortes : nous souhaitons la reconnaissance du volontariat des pompiers d’une façon encore plus marquée et nous nous réjouissons que la proposition de loi Matras, votée en première lecture déjà à l’Assemblée et au Sénat, prévoie un certain nombre de dispositifs dans ce sens. De même, nous souhaitons un accompagnement auprès des employeurs afin de permettre aux pompiers volontaires de se libérer plus facilement sur leur temps de travail. Il est essentiel également que le statut très particulier de pompier volontaire, qui n’a pas son homologue dans tous les pays européens, soit reconnu au niveau européen. Il faut laisser à la France la liberté d’organisation de son modèle qui fonctionne à la plus grande satisfaction de tous les acteurs. Les pompiers attendent du président de la République, qui interviendra samedi matin, un message fort de soutien sur cette question. N’oublions pas que la France va présider pour six mois, à compter du premier janvier 2022, la structure européenne. Il est important qu’elle soit à la manœuvre pour lancer cette grande opération.

L’autre axe essentiel, en dehors de la reconnaissance des pompiers volontaires, c’est la mise en œuvre d’une meilleure organisation des secours en France avec notamment l’instauration d’un numéro d’appel unique qui permette de rassembler sur un même lieu l’ensemble des acteurs de la sécurité, tel que la loi Matras l’a défini. Ce sont les deux grands enjeux sur lesquels nous espérons que le président de la République saura donner des gages importants à l’ensemble des pompiers.

Qu’attendent les pompiers de l’Etat ?

Au-delà de la loi Matras qui à mon sens est une bonne loi, je crois que les pompiers attendent de la part du président de la République un véritable engagement pour l’avenir. On le voit bien aujourd’hui, les sapeurs-pompiers ne sont plus simplement des soldats du feu. Ils ne sont pas non plus uniquement des soldats du social. Ils sont les soldats du climat. Ils sont des soldats de la vie qui interviennent dans toutes les crises. Aucune crise ne peut se gérer sans les pompiers. Or, aujourd’hui, la gestion des crises est émiettée, répartie dans tous les ministères. Je partage l’opinion du président de la fédération des sapeurs-pompiers de France qui considère qu’il devrait y avoir, en France, un ministère « des crises » qui puisse rassembler et coordonner tous les acteurs sous l’égide du Premier ministre.

Vous l’avez dit les pompiers sont de toutes les situations d’urgence et de toutes les crises. Comment les services départementaux de secours et d’incendie (SDIS) s’adaptent à ces nouvelles situations de crise ?

Ils s’adaptent en développant des compétences nouvelles dans leurs équipes de sapeurs-pompiers, en se portant aussi propriétaires de matériels nouveaux. Prenons l’exemple du département de la Mayenne que je préside et qui jusqu’à présent n’était pas le plus exposé aux feux de forêt. Ils arrivent maintenant sur nos territoires d’où l’importance que l’on puisse se former dans chaque département à la fois sur le plan humain et sur le plan des matériels pour prendre en compte ces risques nouveaux qui n’existaient pas il y a encore quelques années. Le changement climatique est là, c’est maintenant que nous devons nous y préparer.

Au printemps dernier vous avez signé une tribune dans laquelle vous préconisez de changer l’acronyme SDIS (service départemental d’incendie et de secours) pour un terme beaucoup plus lisible ; c’est un sujet qui avance ?

Depuis l’ouverture du congrès, nous avons assisté aux discours de toutes les autorités importantes qui étaient rassemblées pour l’occasion et pas une seule fois le mot SDIS a été prononcé. Réduire les pompiers à l’incendie, ce n’est pas le sens de l’histoire. Changer cet acronyme est une idée qui continue de progresser dans les esprits et peut être bien qu’à l’occasion d’une réforme qui créerait un ministère de la sécurité et de la gestion des crises, un nouveau nom pourrait rassembler ces « soldats de la vie ».

Propos recueillis par Blandine Klaas

 

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