«Il nous faut donner de la simplicité et de la proximité à l’action publique pour retrouver le chemin de l’efficacité»

Pour André Accary, président du Département de Saône-et-Loire et vice-président de la commission « Solidarité et affaires sociales » de l’ADF, il aurait été illusoire d’envisager d’organiser efficacement une campagne de vaccination sans le concours des acteurs de terrain. Mais pour l’heure, l’urgence reste l’approvisionnement en vaccins. Et là, une fois de plus, les élus manquent de visibilité. Rencontre.

RCL : Quel regard portez-vous sur la stratégie vaccinale du gouvernement ?

André Accary : Tout avait pourtant si bien commencé. Pour mémoire, en octobre dernier, l’arrivée des vaccins en France se révélait être une nouvelle source de dysfonctionnement de l’action publique. J’ai alors adressé une lettre ouverte au Président de la République, Emmanuel Macron, lui signifiant qu’il était urgent de changer le pilotage de la campagne de vaccinations dans les territoires, en faisant confiance aux acteurs de terrain. Car il faut donner de la simplicité et de la proximité à l’action publique, pour retrouver le chemin de l’efficacité. Contre toute attente, nous avons été entendus et c’est ainsi qu’en quelques jours, des centres de vaccination se sont organisés autour du préfet, seule autorité compétente et régalienne dans cette nouvelle organisation. Mais pour se faire entendre, il aura fallu taper du poing sur la table. On voit à travers ce nouvel épisode, comment la crise de la Covid-19 agit comme un accélérateur de mutation, bouleversant profondément les paramètres économiques, sociaux qui régissaient la vie des collectivités et leur rapport avec l’Etat. C’est pourquoi, à l’ADF nous appelons à une nouvelle étape de décentralisation, car les grandes politiques publiques, lorsqu’elles sont conçues avec les collectivités locales et territoriales, elles portent leurs fruits. Notre connaissance des territoires, de leurs besoins et la mise en réseau des acteurs locaux sont essentielles pour intervenir de façon efficace, efficiente et réactive pour s’adapter à la diversité des territoires y compris dans les domaines du médico-social et hospitalier.

RCL : Mais force est de constater que la campagne de vaccination est interrompue…

AA : La mobilisation des acteurs a permis la mise en place d’une organisation optimale. Nous avons mis les centrales d’appel en activité, mais hélas, la mécanique n’a fonctionné que quelques jours. Aujourd’hui, les élus sont confrontés à des messages contradictoires qui alimentent leurs inquiétudes. On nous annonce l’accélération de la campagne alors que les rendez-vous sont ajournés faute de vaccins. Et les informations tombent sans lisibilité et sans visibilité. Pourtant, échaudés, nous avions questionné à maintes reprises les pouvoirs publics sur leur capacité à garantir la livraison de vaccins. Et chaque fois, la réponse était rassurante.

RCL : Avez-vous la volonté, comme pour les masques, de gérer l’approvisionnement de vaccins ?

AA : Non, tenter d’acheter des vaccins à l’échelle des collectivités est juste impossible. La commande de vaccins se fait à l’échelle européenne avec une répartition nationale. Il faut que chacun garde son sang-froid. L’approvisionnement est une affaire d’Etat, au risque de provoquer une surenchère financière. Et d’ailleurs, aucun Président de Département ne souhaite endosser cette responsabilité.

RCL : Cette organisation coûte chère aux départements ?

AA : Le coût n’a pas été encore évalué. Et l’heure n’est pas aux comptes car on ne sait pas combien de temps la crise sanitaire va durer. Mais on sait déjà que les conséquences sanitaires, économiques et sociales sont énormes. Il nous faut et faudra encore panser les plaies. Une chose est sure, le coût sera colossal pour nos territoires. Pour ce qui est de la campagne de vaccination, de nombreux maires de petites villes s’interrogent sur la prise en charge par les communes des frais de personnels, de location des salles accueillant un centre de vaccination ou des frais d’achat de petits matériels d’infirmerie. Car les petites villes de France ont des budgets contraints. Pour l’heure, nous naviguons tous à vue.

RCL : Qui supporte le coût ?

AA : Objectivement, en grande partie, les Départements. Nous avons déjà dépensé plusieurs dizaines de millions, et ce n’est pas fini. Les mesures sanitaires, confinement et couvre-feu, ont un impact extrêmement lourd sur l’activité économique des collectivités départementales. La pauvreté gagne du terrain et se traduit par une explosion du nombre d’inscrits au RSA. Sans compter les conséquences psychologiques qu’il ne faut pas négliger.

RCL : Quelles leçons tirer de cette crise inédite ?

AA : La crise sanitaire aura bouleversé la gestion des collectivités. Lorsque l’épidémie sera sous contrôle, il faudra alors accepter l’idée de remettre tous les logiciels à zéro pour réinventer un mode de gestion beaucoup plus simple, un mode de gestion de proximité. On voit bien les limites du millefeuille administratif, ce chevauchement d’institutions qui ralentit la bonne marche de nos actions sur le terrain. D’ailleurs, en recentrant les interlocuteurs de très grande proximité, Départements, communautés de communes, communes, autour du préfet, nous avons prouvé notre efficacité. Et en parallèle, les priorités des élus vont changer. Dans un premier temps on va devoir gérer les urgences économiques et sociales sans oublier de préparer l’avenir, mais avec une feuille de route différente. La proximité, qui permet de mieux écouter et de mieux réagir, sera l’épicentre de nos politiques, économiques, sociales, sanitaires, c’est déjà acté. Cette crise sanitaire va nous contraindre à privilégier les actes simples, au plus près des populations. Il nous faudra miser davantage sur l’humain pour être plus réactif. Pour l’heure, le gouvernement l’a bien compris. Et après ? Seul l’avenir nous le dira.

Propos recueillis par Danièle Licata

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