« La gestion forestière c’est la base de tout »

Fin janvier, la filière forêt-bois présentait le plan ambition bois construction 2030, la contribution des professionnels à l’effort collectif nécessaire à la décarbonation de la construction française. Au nombre des engagements, celui de bien gérer la forêt qui apporte une double réponse aux défis environnementaux et économiques de nos territoires. Entretien avec Nicolas Douzain-Didier, délégué général de la Fédération nationale du bois.

Quel est l’objet du « plan ambition bois construction 2030 » présenté par la profession ?

Ce plan accompagnera l’entrée en vigueur, l’été prochain, de la réglementation environnementale 2020. Il fixe les normes pour les constructions neuves d’ici à 2030 avec en toile de fond la question de l’urgence climatique et de la réduction de l’empreinte carbone du bâtiment qui compte parmi les secteurs les plus émissifs sur le plan national. C’est aussi une manière de positionner la France dans sa trajectoire vers la neutralité carbone à l’horizon 2050. Bien sûr, cela bouscule les curseurs entre les différents matériaux puisque ceux qui ont la capacité de stocker le carbone, comme le bois ou les matériaux biosourcés, seront mieux positionnés pour le futur. Aujourd’hui, le bois dans la construction neuve en France ne pèse que 6 % du marché. L’objectif visé par la profession : atteindre 20 % ou 25 % comme c’est le cas en Allemagne par exemple. Le plan propose dix engagements parmi lesquels figurent la formation, le développement de l’emploi dans les territoires, la mixité des matériaux dans les constructions, le renouvellement de la forêt française ou encore la massification de l’utilisation du bois et l’investissement dans des outils de production pour diminuer les coûts.

Quels bénéfices pour le développement des territoires français ?

C’est un atout formidable. On construit partout en France, principalement dans les grandes villes quand il s’agit de constructions neuves, mais la ressource, elle, se trouve dans nos territoires ruraux qui accueillent les usines de transformation du bois. Il y a là un enjeu de création d’emplois. Il est extrêmement précieux, dans cette période, de consolider le tissu industriel local. Le bois représente 13 % des emplois industriels aujourd’hui en France. C’est un bon socle. Cela signifie aussi que les territoires doivent accompagner le développement de ces industries pour les faire monter en compétences. Le but, aussi, c’est de servir la demande à partir d’une ressource, prioritairement nationale car plus vertueuse.

Quels sont les leviers dont disposent les territoires pour accompagner ces industries ?

Les investissements productifs pour accroître les capacités industrielles. Voici le levier numéro un. Vient ensuite l’adaptation des forêts au changement climatique. La filière bois-forêt a pu bénéficier, dans le cadre du plan de relance, d’une enveloppe budgétaire de 150 millions d’euros sur deux ans ; et le succès est au rendez-vous puisque les propriétaires forestiers ont sollicité quatre fois le montant de cette enveloppe. Il faudrait débloquer chaque année suffisamment de moyens pour que nous puissions bâtir une forêt plus résiliente et adaptée au changement climatique afin qu’elle continue à apporter tous les services, qu’il s’agisse des services économiques mais en découlent aussi les services à la population et le maintien de la biodiversité.

Pour développer l’utilisation du bois dans la construction, ne faut-il pas gérer en amont la forêt ?

Le but effectivement c’est de servir la demande à partir d’une ressource, prioritairement nationale car plus vertueuse. La filière bois-forêt s’engage à maintenir un effort constant afin de garantir le renouvellement de la forêt française, dont la qualité est primordiale. Toutefois, la dynamique autour de la forêt doit se construire de façon partagée. Nous avons besoin d’une forêt gérée pour qu’elle continue à capter du carbone. Le maître mot c’est bien la durabilité et la gestion durable. Nous avons cette chance, en France, d’avoir une gestion durable de la forêt instituée depuis Colbert qu’il faut continuer à entretenir, à maintenir et à développer.

Quels sont les enjeux autour de la forêt ?

Nous devons relever le défi du changement climatique ; sur les 16 ou 17 millions d’hectares de forêt, un million d’hectares environ vont devoir affronter le changement climatique. L’appui de l’homme sera primordial pour la sauvegarde de ces espaces. Il faudra faire confiance à l’intelligence humaine pour aider la forêt à s’adapter. Il va falloir l’assister, planter de nouvelles essences par exemple, plus résistantes et plus résilientes, plus diversifiées, et sans dogme c’est-à-dire en restant des forestiers, à l’écoute de la forêt. Plus tôt nous réagirons, moins la situation sera catastrophique pour les territoires. Une forêt à l’abandon sans aucune gestion peut devenir dangereuse pour le public. La gestion forestière c’est la base de tout.

Et quelle est la place de la filière bois énergie ?

L’un des engagements de la filière forêt-bois consiste à investir dans les usines biomasse et à optimiser l’utilisation des produits bois en fin de vie. Car on ne coupe pas de bois pour le bois énergie. Celui-ci est récolté auprès des industries pour être valorisé. Le bois énergie fait partie des solutions intéressantes parce qu’elle nourrit la neutralité carbone sur l’aspect énergétique. Cependant, les professionnels sont très attachés à ce que la taille des projets bois-énergie soient à l’échelle des territoires, dans le prolongement naturel des activités de construction et avec le moins de transport possible. Le bois énergie doit rester une énergie locale.

Quelle place accordez-vous à la sensibilisation des plus jeunes ?

L’emploi et la formation font partie des points de base de notre plan. Les jeunes sont les plus fervents moteurs, ils ont une sensibilité aux sujets de neutralité carbone bien plus éclairée que les anciennes générations. C’est aussi un sujet d’éducation collective. Dans les écoles, la Fédération nationale des Communes forestières (FNCOFOR) déploie son programme « la forêt à l’école » qui vise à rapprocher l’école de la forêt et de sa réalité. Non pas la forêt rêvée mais la forêt telle qu’elle est. Il existe également des programmes de sensibilisation avec les écoles d’architecture pour acculturer les jeunes à la construction bois. La jeunesse d’aujourd’hui est plus sensible aux questions environnementales. Les politiques doivent en tenir compte.

Quel message souhaitez-vous délivrer à nos élus ?

Donnez la priorité au bois français, vous donnerez du travail à toute notre jeunesse. Un bâtiment public-privé réalisé en bois français c’est un retour en termes de valeur ajoutée dans les territoires supérieur à 80%. Osez-le-bois !

Propos recueillis par Blandine Klaas

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