L’accès des femmes aux responsabilités reste difficile en milieu rural

The church square of the small french village of Beauvoir in the department of Seine-et-Marne, 60 kilometers south-east to Paris, with its town hall, church and elementary school in between at sunset.

A quelques jours de la journée internationale du droit des femmes,  célébrée le 8 mars chaque année, la Délégation sénatoriale aux Droits des Femmes organisait jeudi 4 mars 2021 une table ronde sur la situation des femmes dans la vie politique locale, et plus particulièrement dans les territoires ruraux. Si des initiatives se mettent en place pour plus d’égalité, en 2021, les élues cherchent encore leur place.

Nadine Kersaudy, maire de Cléden-Cap-Sizun (Finistère), plus jeune maire de son département lorsqu’elle a été élue pour son premier mandat en 1995, affirme avoir fait l’objet de railleries « on m’appelait la gamine, j’ai été obligée de faire mes preuves » et confirme qu’une femme à la tête d’une commune, plus qu’un homme « a une obligation de résultat ». Si aujourd’hui toujours plus de femmes souhaitent accéder à des responsabilités, leur chemin n’en est pas moins parsemé d’embûches. En témoigne une étude présentée pour l’occasion par Julia Mouzon, présidente du réseau Elueslocales. Les résultats montrent que les femmes de la ruralité sont effectivement aux prises avec des enjeux particulier. A la question des difficultés qu’elle rencontrent dans leur vie politique, sont évoqués le sexisme ambiant, les postes à enjeux financiers le plus souvent attribués aux hommes, le faible crédit accordé à leur parole dans certains domaines de compétences, la difficulté à s’intégrer dans un monde d’élus masculins qui tissent plus facilement des relations entre eux, les arbitrages entre vie privée et vie professionnelle plus complexes pour les femmes élues dans la ruralité, les moqueries, les mises à l’écart voire même les intimidations.

Les femmes encore sous-représentées

Quant à la représentation des femmes dans les instances locales, le constat est incontournable selon Danièle Bouchoule, la présidente de l’association Elles aussi. « Après les élections de 2020, on est encore très loin de la parité dans les petites communes de moins de 1000 habitants et dans les conseils communautaires où aucune loi paritaire n’existe de façon contraignante dans les communes de moins de 1000 habitants recensées, surtout dans la ruralité, estime-t-elle.L a sous-représentation des femmes est flagrante dans les intercommunalités : seulement 36 % de femmes dans les conseils, 25,6 % dans les vice-présidences et seulement 11,6 % dans les présidences ». Ces statistiques, selon elles, sont bien le résultat de l’insuffisance du système actuel de fléchage pour les conseils communautaires et de l’absence totale de contrainte. Autre chiffre avancé, les femmes président majoritairement les EPCI de petite taille, souvent dans la ruralité. Elles président 12,5 % des EPCI de moins de 15000 habitants et seulement 8,7 % des EPCI de plus de 300000 habitants.

Et d’évoquer, aussi, les freins particuliers à la ruralité qui limitent l’engagement des jeunes femmes comme les difficultés de transport et de mobilité, des offres d’emploi plus réduites sachant que les femmes en majorité souhaitent garder leur activité professionnelle pour conserver leur autonomie ou encore la difficile conciliation d’un mandat professionnel avec les offres d’accueil pour les gardes d’enfants.

Quelles solutions ?

S’il existe des outils visant à favoriser une plus grande égalité comme la charte européenne pour l’égalité femmes-hommes dans la vie locale ou encore l’article 61 de la loi du 04 août 2014 pour l’égalité femmes-hommes, qui incite les communes et EPCI de plus de 20000 habitants à mener sur leur territoire des politiques publiques d’égalité à partir de 2016, d’autres solutions ont été évoquées, lors de cette matinée pour faire évoluer la condition des femmes. « Parmi les recommandations formulées en 2019 auprès de la délégation, figuraient notamment l’extension des règles paritaires à toutes les communes y compris aux communes de moins de 1000 habitants, l’élection des adjoints au maire sur une liste paritaire dans toutes les communes, l’adoption du principe selon lequel le premier adjoint est de sexe différent du maire et la mise en place d’une liste alternée paritaire pour les élections communautaires » a rappelé la présidente de la délégation, Annick Billon. « Nous sommes favorables à l’AMF, à ce que dans les communes de moins de 1000 habitants il y aient un scrutin de liste » ont avancé Cécile Gallien et Édith Gueugneau, co-présidentes du groupe de travail Égalité femmes-hommes de l’AMF qui avait organisé, à l’occasion des 100 ans de l’Association, des forums sur cette question des femmes la présence des femmes dans les responsabilités locales. Car le renforcement de l’accès des femmes aux mandats et responsabilités électifs constitue un gage d’égalité entre les femmes et les hommes et favorise aussi une meilleure prise en compte par les collectivités territoriales des besoins spécifiques des femmes à tous les âges de la vie et des enjeux de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Pour les départements, contraints par la loi d’appliquer la parité, «  le bilan a été très positif après un premier mandat sous le signe de la parité» a témoigné Jean Galand, conseiller départemental de Gironde, élu en 2015.

 

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