TRIBUNE – « Les crises qui se succèdent mettent en évidence le manque d’aménagement du territoire »

Par François Rieussec, président de l’Union Nationale des Aménageurs (UNAM)

L’accélération de l’inquiétude environnementale pousse le politique à annoncer des mesures de protection, parmi elles le gel du foncier agricole paraît simple à comprendre. Or, ces mesures amèneront les citoyens à juger de leurs effets néfastes voire à « dégager » les responsables de la crise du logement qui en découlera avec en prime l’inefficacité annoncée de ce ZAN.

En ce sens, le thème de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) fait écho à des mesures de café du commerce reprises par la commission citoyenne : remplacer les maisons individuelles par des immeubles, construire la ville sur la ville.

C’est oublier qu’en 30 ans, l’agriculture a plus abandonné de terres volontairement aux friches qu’elle n’en a cédées à la construction et que les ménages avec enfants ont besoin de grands logements, accessibles à leurs revenus. A 250 000€ en moyenne la maison de 110m² avec jardin est adaptée. De leur côté les ménages de jeunes ou de personnes plus âgées préfèrent le collectif, T2 et T3, en ville. Il n’y a pas lieu de s’affronter sur cette réalité constante : 2/3 des français, comme tous les européens, vivent en individuel ! Le parcours résidentiel se fait de successions de modes de vie et d’habiter. En revanche, chaque mode de construire peut s’adapter à la crise environnementale : l’individuel en se densifiant et se rapprochant des communes avec des services, et le collectif en se verdissant avec des extérieurs plus généreux.

Les crises qui se succèdent mettent en évidence le manque d’aménagement du territoire et de projets d’aménagement structurant dans les communes. Quel maire n’a pas financé sa station d’assainissement, un agrandissement d’école ou un gymnase grâce à une opération d’aménagement ? Or depuis que les préfets exigent des coupes franches de zones AU dans les PLU, l’aménagement devient la portion congrue du logement neuf au profit de la dispersion par DP et CU qui ne participent à rien d’autre qu’à la plus-value foncière des heureux propriétaires. Ce phénomène de centrifugeuse de néoruraux dans les territoires abandonnés est la cause du sentiment d’exclusion et d’absence de services que les gilets jaunes ont exprimé. Aggraver cette cause règlera-t-il le problème ? A quand des maires gilets jaunes qui manifestent contre l’étranglement de leur commune par des politiques de planifications technocratiques ? Retirer les secteurs urbanisables c’est retirer le pouvoir d’urbanisme pour le laisser aux seules divisions foncières et par contrecoup aux opportunités des propriétaires.

Dans la loi ZAN qui va être présentée, il convient de ne pas retirer les secteurs de projets AU, ni sanctuariser des secteurs N ou A par des règlementations superposées de types environnementales impossibles à modifier ensuite. Chaque génération doit laisser libres d’agir les générations suivantes.

Les ratios de diminution d’usage foncier ne sauraient être nationaux, univoques et inadaptés au contexte local. Qui va annoncer qu’on va détruire des quartiers de maisons pour y bâtir l’utopie de la coursive heureuse ou du joyeux entassement ? Car c’est bien ce qu’il faudrait mettre en place pour bâtir les 15 millions de logements dont nous auront besoin dans les trente ans. « La ville sur la ville » ce sera « les français sur les français » ! Le taux de satisfaction de 85% des français de leur logement ne doit pas tolérer qu’on remette en cause leur mode d’habitat ni la confiance qu’ils font à leurs élus.

Les nouveaux projets d’aménagement, outre le modèle économique de logements adaptés, peuvent intégrer les évolutions sociétales avec des tiers lieu de travail, des économies de mobilités, des économies d’énergies et de carbone, des plantations d’arbres qui tempèrent la crise climatique, des jardins et de l’agriculture urbaine qui compensent la perte de culture par une qualité locale en circuit courts, un enrichissement de la biodiversité par les arbres et les jardins… Or ces solutions ont besoin de secteurs de projets dans les PLU et les SCOT. C’est aux élus qu’il revient d’organiser l’avenir de leurs territoires à travers leur politique d’urbanisme.

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