« L’avenir pour les filières éoliennes terrestre et offshore en France est prometteur »

« L’éolien est une filière dynamique et créatrice d’emplois, estime Matthieu Monnier, Adjoint en charge de l’Offshore, des Territoires et Expertises chez France Energie Eolienne. Il voit dans cette énergie bas carbone un moyen d’atteindre les objectifs de lutte contre le changement climatique. Entretien.

Comment se présente le développement de l’éolien aujourd’hui en France ?

L’éolien est la seule filière des énergies renouvelables qui avait atteint les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en 2018 mais elle fait face, aujourd’hui, à un ralentissement de sa croissance depuis deux ans environ. En effet, la PPE qui fixe les priorités d’actions des pouvoirs publics dans le domaine de la transition énergétique, a prévu des objectifs pour la filière éolienne terrestre : une puissance installée de 1,9 GW par an ; or nous n’installons que 1,3 GW à l’heure actuelle, soit une centaine de projets de parcs. Un retard qui s’explique notamment par des délais d’instruction des autorisations et de traitement des recours relativement longs. L’éolien reste néanmoins un secteur attractif pour les entreprises. En 2019, 2000 emplois environ ont été créés, soit une croissance de 10 % en un an. Cette tendance a été accentuée par le démarrage de l’éolien offshore en France dont les premiers projets ont contribué à l’essor de la filière.

Où en sont les projets en mer?

Sept projets commerciaux de parcs éoliens posés en mer ont été attribués dans le cadre d’appels d’offres lancés en 2012. Après de 10 ans de développement, les quatre premiers projets basés au large de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), de Fécamp (Seine-Maritime), de Courseulles (Calvados) et de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) arrivent en phase de construction pour une mise en service à partir de 2022.

L’éolien flottant se développe également, avec plusieurs fermes pilotes installées en France pour une puissance d’environ 24-30 MW par projet. Ces dernières seront installées au large des îles de Groix Belle-île en Bretagne, au large de Leucate Barcarès et de Gruissan, en Occitanie, et enfin au large de Port Saint Louis du Rhône (PACA) d’ici 2023. Le premier projet commercial flottant sera lancé en Bretagne sud. L’appel d’offres devrait être attribué en 2022 pour une mise en service aux alentours de 2028, avec une puissance installée de 250 MW. Deux autres projets commerciaux suivront en Méditerranée (2 fois 250 MW), pour une attribution à fin 2022, et une mise en service vers 2028.

Avec un potentiel de développement économique pour les territoires, les projets en mer sont-ils l’avenir de l’éolien en France ?

Sur les 20 000 emplois du secteur éolien à fin 2019, 3 000 sont issus de l’éolien en mer, une filière complémentaire à l’éolien terrestre qui va contribuer à développer l’industrie sur le territoire national d’une manière encore plus importante en termes de compétences et d’opportunités économiques pour les entreprises. Donc un moteur de croissance additionnel pour la France qui a la chance d’accueillir des usines sur son territoire. Siemens Gamesa s’implante au Havre, General Electric Renewable Energy produit des nacelles et génératrices à Montoir-de-Bretagne, des pales à Cherbourg et possède son centre d’ingénierie offshore mondial à Nantes. Ces usines vont structurer la filière offshore, aux côtés de nombreux sous-traitants, et dynamiser la croissance globale de l’éolien en France.

Quelle perception ont les Français de cette énergie ?

L’opinion est majoritairement positive sur l’éolien ce qui n’empêche pas les nombreux recours qui sont le fait d’une infime minorité. Ce que montre l’enquête Harris réalisée en novembre 2020 pour France Energie Eolienne sur la perception de l’éolien par les Français – et plus particulièrement ceux habitant à moins de 5 kilomètres d’un parc éolien. Seuls 5 à 6 % de Français se disent complètement opposés, des chiffres que l’on retrouve également dans les études de l’ADEME et dans le baromètre 2020 de l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Les Français ont en majorité une bonne image mais cette minorité peu convaincue, structurée en lobbies au niveau national, a tendance à lancer des recours sur chacun des projets de parc éolien (terrestre et offshore). Ces actions ralentissent leur développement et, dans le même temps, notre objectif de lutte contre le changement climatique.

Quels sont les atouts de l’énergie éolienne ?

L’énergie est une énergie propre, très bas carbone, qui dégage environ 12 grammes de CO 2 par kWh produit (éolien terrestre) avec un taux d’économie circulaire élevé puisque nous sommes capables de recycler ou réutiliser 90 % de la masse des déchets d’un parc éolien en fin de vie. C’est aussi une énergie créatrice d’emplois selon l’Observatoire de l’éolien 2020 que nous avons établi avec Capgemini. Les données montrent que le secteur crée 4 à 5 emplois par jour en France sur tous les maillons de la chaîne de valeur et constitue une opportunité pour les territoires. Certains sont très dynamiques comme l’Occitanie où se sont installés historiquement les développeurs éoliens. Les Pays de la Loire et Auvergne Rhône-Alpes sont davantage tournées vers les industries mécaniques. Actuellement, une spécialisation sur l’éolien offshore se développe en Pays de la Loire, Bretagne et en Normandie. N’oublions pas que l’éolien génère des recettes fiscales pour les collectivités qui accueillent les parcs. Entre 10 et 15000€ de recettes par MW installé par an et des missions pour les entreprises locales (génie civil électrique, maintenance, etc). Enfin, notre association participe activement au groupe de travail lancé par le ministère de la Transition écologique sur le financement participatif des parcs éoliens. Il s’agit d’inciter les citoyens à participer financièrement aux projets et bénéficier, ainsi, des retombées en lien avec la production d’énergie.

Quelles sont, selon vous, les perspectives de la filière ?

Avec la progression de la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie prévue par la loi – 33% en 2030 – l’avenir pour les filières éoliennes terrestre et offshore en France est très prometteur à condition que l’on se donne les moyens de mettre en œuvre les ambitions affichées. Cela passe par des instructions d’autorisation facilitées, par une accélération du traitement des recours et beaucoup de pédagogie. De son côté, la filière doit poursuivre sa promotion des bonnes pratiques au sein des projets, pour que les citoyens qui accueillent des parcs, près de chez eux, en aient une image encore meilleure.

Blandine Klaas

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