Réseaux sociaux : quand les citoyens prennent le pouvoir

Alors que la ville venait dans une démarche « citoyenne » de lancer une plateforme numérique www.idee.paris. Fr permettant aux Parisiens de participer au débat sur la « nouvelle esthétique pour la capitale », cette dernière s’est faite déborder en quelques jours. Et c’est une discussion sur Twitter qui a fait dérailler la communication bien bordée de la mairie de Paris. Ce n’était plus les habitants de Paris, mais tous ceux qui fréquentent la capitale qui ont donné leur avis sur l’esthétique de la ville autour du cri de ralliement #SaccageParis. De moins de deux mille contributeurs à la plateforme en trois semaines, on a frisé le million de tweets en un week-end, avec une reprise sur tous les médias, les chaînes d’infos en première ligne ! Au menu, la preuve par l’image que l’esthétique de Paris était en effet un sujet de préoccupation légitime, mais pas abordé dans les mêmes termes que le projet de l’exécutif. La ville consultait les Parisiens sur l’usage, la nécessité d’une végétalisation massive, le développement des mobilités douces, la débitumisation… les Parisiens ont, eu répondu par un flot d’images documentés qui témoignaient de la saleté de la ville.

Sans entrer dans le détail de ce ratage de cette campagne de communication publique bien « léchée », ouvrir la boîte de Pandore en demandant aux Parisiens ce qu’ils voulaient faire de leurs trottoirs alors qu’ils enjambent chaque matin, qui des déjections canines, des détritus, des résidus de repas, des fins de déménagements… était ambitieux pour ne pas dire surréaliste.

Les réseaux sociaux redonnent-ils le pouvoir aux citoyens ?

Lorsqu’on donne la parole aux citoyens, s’attendre à un plébiscite est souvent une erreur ! Ce qui est intéressant dans cet épisode est de prendre conscience que la démocratie participative a pris un nouveau tournant avec l’usage des réseaux sociaux. Il convient d’intégrer cette participation « non maîtrisée » du grand public, des usagers de la collectivité parfois au-delà des seuls concitoyens dans les dispositifs de communication. En effet, on le sait, les réunions publiques, les petits déjeuners de rencontres citoyennes, les plateformes participatives pour les budgets ou les projets, sont des exercices de communication politique facile à maîtriser. Parce qu’en présentiel, ceux qui se déplaceront et prendront la parole sont souvent, comme leur agenda, connus des organisateurs, que les contributeurs des plateformes sont en priorité ceux qui épousent les ambitions du projet à débattre ou leurs opposants acharnés et que tout cela est modéré par les community managers, car à la « main » de la collectivité. S’agissant des réseaux sociaux, le communicant n’a pas le bouton stop, il peut juste, contrôler le dérapage… Les réseaux sociaux, c’est comme un scrutin électoral en direct… Peu contrôlable, avec effet d’amplification qui peut déborder. Cela étant, les campagnes sur les réseaux sociaux, si elles peuvent déstabiliser la communication des exécutifs, ont le mérite de donner le pouls de l’état de l’opinion. Et revenons à Paris, accélérer la prise de conscience d’un sujet trop longtemps tu : la propreté. Résultats, la ville débloque des ressources en nombre pour restaurer un minimum de propreté. CQFD (ce qu’il fallait demander).

Par Marie-Céline Terré, Spécialiste de la communication des institutions publiques et des territoires.

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