Les maires ont un rôle important à jouer dans la lutte contre les violences sexuelles

RCL a rencontré le docteur Violaine Guérin, endocrinologue, gynécologue et présidente de l’association Stop aux violences sexuelles (SVS), créée en 2013, qui martèle que « lutter contre les agressions sexuelles, c’est avant tout protéger l’enfance en imposant une tolérance zéro ». Un combat qui n’effraie pas cette femme de conviction. Rencontre.

RCL : Quelle est l’ampleur
des violences sexuelles en France ?

V.G. : Environ un homme sur six et une femme sur quatre sont victimes de violences dans leur vie. Parler de violences sexuelles, c’est travailler avant toute chose à la protection de l’enfance, car les violences sexuelles débutent dès ce stade. Cette violence engendre de nombreux maux, conscients ou inconscients, le plus souvent non ou mal traités. Il faut réaliser qu’un enfant sur cinq est victime de violences sexuelles, garçons et filles à égalité, ce qui représente 13 millions de personnes, c’est un sujet de santé publique majeur ! Et les auteurs sont majoritairement des hommes mais aussi des femmes, et en France on a du mal à entendre cette réalité.

RCL : Avec la libération planétaire de la parole après l’affaire Weinstein et la mobilisation poli- tique croissante, peut-on parler d’avancée ?

V.G. : Assurément. Le su-
jet commence à être en-
fin pris au sérieux. En revanche, les hashtags #balancetonporc et #metoo ont recentré le débat
sur les violences sexuelles
subies par les femmes
 adultes alors que les enfants et les hommes sont également concernés. Or,
 on ne fait rien pour les
violences sur mineurs. 
Pire, on a supprimé les associations si précieuses. En novembre 2019, l’unité de recherche médicale de SVS a publié, dans la revue américaine Journal of General Pratice, la première étude française consacrée à ces conséquences somatiques des violences sexuelles. Les travaux ont été réalisés chez 188 patients, âgés de 5 à 77 ans (170 femmes et 18hommes), tous victimes de violences sexuelles (subies en moyenne 9,2 années pour les femmes et 3,8 années pour les hommes). Les résultats sont sans équivoque : les violences font exploser tout l’être.

RCL : De quels traumatismes parle-t-on ?

V.G. : On ne peut jamais vraiment connaître tous les traumatismes causés par un acte de violence sexuelle. Une chose est sûre : ces agressions provoquent des dégâts physiques et psycho- logiques graves. Et c’est parce qu’elles marquent une personne à vie que de telles violences sont à dénoncer. Le premier moyen de les combattre et les pré- venir : en parler sans gêne, ni pudeur et ni culpabilité. Il ne doit plus y avoir de tabou. Il ne faut jamais mini- miser l’agression subie car es dégâts sont désastreux. Nous avons découvert à travers cette étude que le corps parle là où il a souffert. On constate une sur- représentation de certaines pathologies : 45 % des femmes interrogées ont déclaré des problèmes gynécologiques, plus d’un sujet sur trois (48% des femmes et 18% des hommes) a au moins une fois tenté de se suicider. Sans compter le très grand nombre d’insomnies (48 % des interrogés), de dépressions (61 % des cas) et autres troubles psychiatriques (33 %). La prise en compte de ces troubles médicaux est primordiale pour accompagner les victimes de violences sexuelles.

RCL : Pensez-vous que la prise
en charge des patients doit être améliorée ?


V.G. : Effectivement. Un accompagne- ment adapté est nécessaire pour leur reconstruction. Médecins, thérapeutes, sages-femmes, avocats… tous ces corps de métiers doivent travailler de concert. C’est pourquoi, il y a beaucoup d’attentes de ce gouvernement qui a, a priori, compris l’importance de la transversalité, mais pas encore pris la pleine mesure du sujet.

RCL : Que préconisez-vous ?

V.G. : Améliorer la prévention qui passe par la formation des médecins, sages-femmes, mais également enseignants, parents et également les jeunes… Toutes les personnes désireuses, en somme, d’approfondir ses connaissances en matière de violences sexuelles. Les maires ont, également, un rôle important à jouer, pour cela ils doivent se former et former leurs équipes. Donnons-leur les moyens de s’appuyer sur des associations présentent sur leur territoire pour aider à prévenir cette épidémie. L’association SVS propose des bases en termes de connaissances épidémiologiques, juridiques, sociologiques et scientifiques à acquérir pour se sentir à l’aise avec le sujet des violences sexuelles. Via nos antennes régionales, nos formations sont ouvertes à tous les publics.

Propos recueillis par Danièle Licata

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