Open source : mettre en place une culture de l’innovation dans le secteur public

Les administrations publiques ont besoin de moderniser leurs services pour s’adapter plus rapidement au changement et répondre aux attentes des usagers et des entreprises. Pour cela, elles peuvent s’appuyer sur les principes de l’open source pour encourager l’innovation tout en limitant les risques. Un tel projet nécessite toutefois la mise en place d’une culture ouverte. Par Thomas Belarbi, responsable stratégie et développement secteur public, Red Hat

Moderniser l’administration publique nécessite le déploiement de logiciels exploitant des normes ouvertes et qui sont développés de manière collaborative sous licence open source. Pour chaque nouveau déploiement, le code source ouvert est automatiquement passé au crible ; les erreurs ainsi détectées peuvent être corrigées plus rapidement. Cela permet d’accélérer les cycles d’innovation et de garantir une constante optimisation. Contrairement aux systèmes propriétaires, l’administration de solutions open source ne nécessite pas d’attendre que les mises à jour et les nouvelles versions soient disponibles. N’importe quel prestataire de services peut mettre en place les fonctionnalités et les caractéristiques que souhaitent les administrations. Dans le même temps, cela permet de réduire la charge de travail et les risques pour les services informatiques des organismes publics.

Dans le cadre de l’accompagnement à la transformation numérique des collectivités territoriales en France, 37,5 millions d’euros leur ont été alloués dans le but de développer des outils numériques communs à toutes. A l’issue de ce plan en trois phases, le montant total atteindra, en 2022, 88 millions d’euros. Les projets qui font la part belle à l’open source sont particulièrement concernés par cette démarche de transformation, encourageant les pouvoirs publics et autres institutions à se tourner de plus en plus vers l’exploitation de solutions en accès libre, à la fois pour ses nombreux avantages, mais également par souhait politique.

Permettre aux administrations d’innover

L’innovation ne dépend pas seulement des offres en matière de logiciels libres, mais également de la mise en place d’une culture ouverte au sein des entreprises et des institutions publiques. Pourtant, ce paramètre est grandement freiné par la rigidité des procédures, le cloisonnement des responsabilités et la rigidité des liens hiérarchiques, empêchant souvent les responsables de mettre en œuvre de nouveaux projets. C’est pourquoi les principes fondamentaux de l’open source, à savoir la collaboration, l’ouverture, la transparence, l’inclusion et la confiance, doivent devenir des préceptes essentiels au sein des environnements des organismes publics.

Une culture d’entreprise ouverte permet de créer une organisation plus agile qui favorise les rapports horizontaux où les employés peuvent se regrouper en équipes, groupes de travail ou autour d’un projet pour expérimenter. Cette liberté contribue fortement à stimuler l’innovation. Pour aller encore plus loin, il faut remettre en question les systèmes existants pour laisser libre cours à des idées nouvelles, même les plus fantasques au premier abord. Cela nécessite la mise en place d’une culture qui autorise, voire encourage à penser différemment ou à formuler des critiques constructives. Lorsque les idées originales ne sont pas rejetées par les hauts dirigeants – ce qui constitue l’apanage de la méritocratie – les individus sont beaucoup plus enclins à les partager.

La voie open source pour le secteur public

L’open source permet aux organisations du secteur public d’atteindre leurs objectifs en travaillant toutes ensemble comme une communauté. Collaborer à des projets et des initiatives contribue à faire progresser des domaines clés de l’administration.  Cette expérience partagée devrait être mise à profit dans les projets actuels et futurs. C’est un modèle de réussite qui démontre parfaitement la valeur du modèle open source qui favorise la collaboration entre des communautés distribuées dans le secteur public. Il existe de nombreux exemples d’équipes qui ont découvert de nouvelles solutions développées dans d’autres régions et qui les ont rapidement adoptées à des fins locales. Ce processus crée à son tour une communauté de spécialistes beaucoup plus large, qui se consacre au développement de nouveaux services numériques pour le secteur public. Tous se réunissent pour contribuer au développement d’un code qui peut être adapté et renforcé pour répondre aux exigences spécifiques du secteur public sous la forme d’un logiciel open source de qualité professionnelle.

Les principes de l’open source ne se limitent pas à l’informatique et aux développeurs, ils touchent aussi la société civile, les fonctionnaires, les responsables politiques et les décideurs, garantissant un processus plus global qui profite de façon directe aux entreprises et à la société en générale. Au cours des prochaines années, il faut s’attendre à ce que le secteur évolue considérablement dans ce domaine, notamment grâce à l’impact du plan de relance de l’UE et de plans de soutien nationaux comme celui en cours en France. En misant sur l’innovation et en adoptant la voie open source, les acteurs publics pourraient devenir de vrais “perturbateurs numériques”, et contribuer directement à la création de nouvelles solutions, de nouvelles normes ouvertes et même d’une nouvelle législation numérique. Les administrations qui utilisent déjà des solutions open source et qui œuvrent au sein de communautés partent avec un avantage : elles seront les premières à établir la souveraineté numérique.

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