À grands pas vers des villes « marchables »

Portée par les politiques à l’échelle nationale comme à l’échelle locale, la marche fait son retour dans les programmes d’aménagement des villes. Non pas comme simple loisir mais comme un mode de déplacement à part entière sous condition d’une refondation de l’espace public.

Vingt minutes à pied entre Stalingrad et Pey-Berland ou la place de la Victoire et la gare Saint-Jean, 30 minutes entre le parc Bordelais et Gambetta ou la gare et la place de la Bourse… la ville de Bordeaux publie sur son site Internet la carte des distances en minutes à pied entre les différents lieux emblématiques de Bordeaux pour se déplacer en toute sécurité. À Lyon où les pics de pollution sont nombreux chaque année, la promotion de la marche fait partie de la stratégie de la nouvelle municipalité qui entend « redonner toute sa place aux piétons et aux modes de mobilité doux au coeur des quartiers ». À l’initiative notamment de nouveaux exécutifs estampillés écolos, ce mode de déplacement oublié des politiques d’aménagement revient en force, boosté par la pandémie de la Covid-19. La nécessité de conserver des distances physiques constitue aujourd’hui une opportunité de développer la marche en ville. Les élus s’interrogent sur la redistribution de l’espace public en faveur des piétons et sur la manière de construire de nouvelles stratégies favorables à la « marchabilité », une notion essentielle pour construire une ville plus apaisée.

 

Réduire la place de la voiture

Selon l’Ademe, près de 60 % des déplacements de moins d’un kilomètre se font aujourd’hui en voiture, d’où l’énorme potentiel de développement des modes plus vertueux. Première règle pour inciter les citoyens à marcher, « il faut offrir un environnement qui soit le plus agréable et le plus sécurisé possible », estime Francisque Vigouroux, maire d’Igny, une petite commune de l’Essonne. Une démarche qui oblige dans le même temps à réduire le nombre et la vitesse des voitures, donc la pollution atmosphérique et les nuisances sonores pour gagner en qualité de vie. Et pour que la « marchabilité» ne se cantonne pas au centre-ville, chaque quartier doit accueillir des loisirs et des services de proximité pour reconquérir les passants conseille l’Institut Paris région. Pour Brigitte Faure, directrice de l’association Rue de l’avenir, « la ville ‘‘marchable’’est organisée pour favoriser la marche avec des espaces identifiés et facilitant les déplacements à pied ». Cela passe notamment par des éléments d’aménagement, comme l’organisation de cheminements continus, des espaces pour s’asseoir et pour pratiquer d’autres activités, des trottoirs plus larges, des traversées bien aménagées, des toilettes, des fontaines « et bien sûr des espaces ombragés car de plus en plus, le changement climatique va influer sur les mobilités dites actives ». Les citoyens à pied ont aussi besoin d’espaces de loisirs et de décompression, d’espaces où les enfants sont protégés et peuvent jouer. « Il faut aider les usagers les plus vulnérables que sont les enfants à s’approprier la ville telle qu’elle est faite et prévoir des espaces où ils sont protégés », ajoute Brigitte Faure dont l’association propose depuis 2015 une campagne intitulée « Rue aux enfants, rue pour tous ». En fermant des endroits stratégiques comme les abords des écoles, des équipements publics ou des centres-bourgs les enfants découvrent les joies de jouer dans l’espace public. Quant au rôle des piétons dans la dynamisation des commerces, il serait bien réel. « Dans les grandes agglomérations métropolitaines, 64 % des clients des petits et moyens commerces de centre-ville s’y rendent à pied et dans une moindre mesure à vélo, 10 % en transports en commun, et seulement 24 % en voiture » nous apprend une étude du Cerema menée à partir des données issues des enquêtes ménages-déplacements. « Preuve qu’il faut arrêter de sous-estimer la marche par rapport à la voiture », défend Élodie Barbier-Trauchessec, animatrice mobilités émergentes à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). L’apport économique de la marche se traduit par des achats dans les commerces de proximité, la fréquentation des cafés et des restaurants « sans compter que les piétons participent à l’animation urbaine et à l’attractivité du centre-ville ».

Une grande enquête nationale en cours

Faire toute leur place aux piétons dans nos villes et villages, c’est aussi l’objectif du collectif “Place aux piétons” qui mène en ce moment une grande enquête nationale, “le baromètre des villes marchables” jusqu’au 15 mars 2021. Les données recueillies permettront de connaître le point de vue des piétons sur les pratiques des français, la sécurité, le confort, l’importance donnée aux déplacements à pied par les communes ainsi que les aménagements et services spécifiques. Cette enquête permettra également aux répondants de signaler les points noirs et les lieux qu’ils préfèrent. « Les 43 000 réponses déjà recueillies témoignent que cette enquête nationale répond à une attente. Dans les trente prochains jours, l’enjeu pour les organisateurs est de pouvoir recueillir plus de données à l’échelle des communes » indique le collectif « Place aux piétons ». Une carte de France permet à chacun de savoir combien de questionnaires ont été remplis dans sa ville ou son village et de booster la participation. A Marseille, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Reims, Grenoble… les associations se mobilisent et des collectifs locaux se créent. Objectif : 80 000 questionnaires renseignés.

Blandine Klaas

 

Cher(e)s lecteur(trice),

Vous n’êtes pas abonné mais vous souhaitez recevoir des informations exclusives de la part de RCL, la Revue des Collectivités Locales, merci de renseigner le formulaire ci-dessous.