Chaque territoire est unique et demande une réponse architecturale adaptée

Réconcilier, l’architecture, les citoyens et les élus. C’est l’objectif que s’est fixé Christine Leconte, nouvelle présidente du Conseil national de l’Ordre des architectes, pour qui« tous les sujets sont architecture ». Plus déterminée que jamais à inscrire cette discipline dans notre quotidien, elle appelle les élus à un changement de paradigme dans l’aménagement des villes.

Comment l’architecture peut-elle répondre aux enjeux du XXIe siècle ?

Christine Leconte : L’architecture est une discipline capable d’apporter des solutions dans la qualité de la fabrication de la ville pour que les habitants et les élus puissent mieux vivre leur ville et mieux prendre les décisions. La crise sanitaire a révélé à quel point nous vivons mal dans les villes où beaucoup de Français habitent dans des logements trop exigus qui ne comportent pas d’espaces extérieurs et ne correspondent plus aux usages actuels. Ces dernières décennies, les logements ont beaucoup perdu en qualité. C’est la raison pour laquelle beaucoup de citadins se tournent vers les zones pavillonnaires, une forme de ville qui permet l’accès à un jardin et à la nature, mais souvent éloignés des équipements publics et des commerces. Ce qui augmente le coût pour la société du prix des services publics. Collectivement, nous devons repenser ce modèle de l’étalement urbain. Les architectes sont là pour y contribuer en travaillant sur les formes urbaines pour apporter plus de confort, plus d’accès à la nature pour les habitants et redonner du pouvoir de vivre ensemble dans les villes en ramenant à la fois de l’espace et des services.

 Vous affirmez que la qualité du cadre de vie en ville et la transition écologique sont intimement liées ?

C.L.: La transition écologique est un enjeu extrêmement fort avec le réchauffement climatique et la question du confort dans les bâtiments, le gaspillage des ressources pour la construction ou encore l’étalement urbain qui aboutit à un allongement des déplacements au quotidien et à une hausse des émissions de gaz à effet de serre. Prenons l’exemple du béton dans la construction. Sa production représente à peu près 10 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Aujourd’hui, nous pouvons faire appel à des techniques de construction qui au lieu de d’émettre du carbone captent du carbone. Et ça, nous savons le faire grâce à des matériaux biosourcés et géosourcés comme le bois, la paille, le chanvre, respectueux de la planète, qui permettent aussi une architecture de circuits courts et peuvent aider à recréer une économie locale à proximité, permettant à toutes les régions de s’investir.

Comment opérer des changements dans la manière de bâtir la ville ?

C.L.: Un changement de paradigme est nécessaire, un changement de faire qui demande une vision stratégique d’aménagement du territoire, mais qui demande aussi un bouleversement pour les élus et pour les acteurs de l’aménagement dans leur manière de fabriquer la ville. Arrêtons de démolir les bâtiments existants. 66 % des déchets proviennent du bâtiment et du BTP. Démolir n’est plus une option possible, il faut réhabiliter les bâtiments et les rénover. Nous devons refaire de l’architecture à partir de l’existant : prenons le dernier Pritzker Prize, l’équivalent du Nobel en architecture, ce sont des Français et ils prônent cette façon de faire. On ne peut pas continuer de s’étaler, on ne peut pas continuer de construire en important des matériaux de très loin. Il est important, aujourd’hui, de s’appuyer sur le travail des architectes et des élus, dont certains sont des pionniers, pour révéler tout le potentiel dont nous disposons pour faire changer les lois, les règles ainsi que les modes de faire. Il faut pour cela une vision de long terme. C’est le rôle des collectivités territoriales et des régions notamment.

 Le nouveau Conseil souhaite une gouvernance partagée avec les régions. Comment imaginez-vous ce rapprochement avec les nouveaux conseils régionaux ?

C.L.: Les régions et l’État ont le pouvoir d’impulser l’écoconditionnalité des aides, de montrer ce qui se fait sur le territoire de leur région pour donner envie à d’autres de faire de même. De notre côté, nous travaillerons avec les conseils régionaux de l’Ordre pour des actions partant des territoires. Nous avons besoin de cet entraînement collectif et de donner, aussi, la place nécessaire aux acteurs qui peuvent amener cette transition. Certains architectes par exemple vont plus loin que l’acte de construire. Certains aident au développement des filières de matériaux ou s’investissent dans le réemploi ; d’autres sont extrêmement performants sur le confort d’été des bâtiments. Pour autant, les lois et les appels d’offres ne sont pas structurés pour nous permettre de révéler tout le potentiel de l’architecture. Ceci est aussi valable dans les territoires ruraux où souvent les élus sont démunis en ingénierie. 

Quels sont les enjeux l’architecture en milieu rural ?

 C.L.: Il s’agit de limiter l’étalement urbain en investissant des territoires riches en patrimoine qui ne demandent qu’à revivre. Travailler sur ce patrimoine existant dans les territoires ruraux permet de le maintenir en état et donc le révéler, mais aussi de préserver certains savoir-faire en matière de rénovation. Se pose également la question d’équilibre et de coopération entre les territoires. Et là c’est une question d’aménagement du territoire à l’échelle de la France, dont une des pistes peut venir des programmes Petites villes de demain et Action coeur de ville.

Quel message souhaitez-vous adresser aux élus locaux ?

C.L.: J’estime que l’ambition doit faire partie de la politique au XXIe siècle. Les élus ne doivent pas se ranger derrière les solutions toutes faites mais oser faire le pas de côté, oser faire appel à des conseils et notamment des architectes pour s’entourer sur les questions de cadre de vie. Chaque territoire est unique et demande une réponse architecturale adaptée. L’architecture appartient à tous, il est important qu’elle soit intégrée au débat démocratique car elle constitue un lien vital dans la société. Les politiques publiques doivent faire confiance à l’architecture.

Propos recueillis par Blandine Klaas

 

Cher(e)s lecteur(trice),

Vous n’êtes pas abonné mais vous souhaitez recevoir des informations exclusives de la part de RCL, la Revue des Collectivités Locales, merci de renseigner le formulaire ci-dessous.