Cloud, quels enjeux pour les collectivités ?

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Avec l’accélération de la transformation numérique, les collectivités peuvent faire le choix d’externaliser la gestion de leur informatique via des solutions cloud. Une possibilité à étudier à condition qu’elles aient mené, au préalable, une réflexion globale sur l’évolution de leur système d’information.

Une collectivité peut-elle concrétiser son ambition digitale sans passer par le cloud ? Le sujet devient prépondérant reconnaît Patrick Chaize, sénateur de l’Ain et président de l’Avicca, une association qui regroupe quelque 230 collectivités engagées dans le numérique. C’est aussi, chez certains élus, un sujet d’inquiétude à l’heure où le numérique occupe une place très importante dans le quotidien des administrations publiques. Au coeur de leurs préoccupations : la volonté d’être exemplaires dans le traitement des données recueillies localement et la nécessité de proposer des services plus efficaces à leurs citoyens et aux entreprises implantées sur leur territoire. « Le cloud doit être considéré comme un levier d’accélération de la transformation de ces organisations pour leur permettre d’offrir un meilleur service aux citoyens, exprime Charles Calestroupat, directeur de la division Secteur Public chez Microsoft France. On demande aux équipes dans les collectivités de traiter des sujets de plus en plus complexes, la cybersécurité par exemple, et qui demandent des compétences extrêmement pointues. On leur demande également un niveau de performance élevé pour mettre en oeuvre des applications, le tout avec des ressources parfois limitées. Le cloud est une réponse à l’ensemble de ces problématiques. » Même son de cloche chez Amazon Web Services qui compte parmi ses clients de nombreuses collectivités et établissements publics. « En se dotant du cloud, les collectivités se libèrent progressivement du fardeau de leurs centres de données qui souvent ne sont pas aux normes et réclament des investissements permanents tout en oblitérant leur capacité d’innover. Par ailleurs, de plus en plus de collectivités sont victimes d’attaques par ransomwares qui paralysent l’ensemble de leurs services. Le cloud permet d’accroître le niveau de sécurité, savoir où sont stockées les données, quelles personnes qui peuvent y avoir accès, avec des remontées d’information en temps réel et une automatisation des tâches qui évitent toute erreur humaine », analyse Erick Jan-Vareschard, directeur du secteur public en France.

QUELS SERVICES POUR LES COLLECTIVITÉS ?

Parmi les services cloud proposés aux collectivités locales, on retrouve les plus essentiels pour le traitement, le stockage ou la sécurité des données, mais également des services innovants en termes de big data, d’objets connectés, d’intelligence artificielle ou d’apprentissage automatique. « Prenons l’exemple d’une ville : rien n’est plus compliqué avec près de 150 métiers à coordonner, depuis la voirie, les transports, la gestion des bâtiments, des écoles, des places de stationnement, des espaces verts, etc. De tout temps, ces métiers ont raisonné en silos, considérant souvent l’informatique comme un moyen et non comme un levier. Les responsables publics doivent comprendre que seule la mise à disposition d’un socle informatique basé sur le cloud permet de faire naître la SmartCity. Ce cadre commun permet d’apporter la cohérence entre tous les métiers, de partager leurs données et de prendre des décisions éclairées en utilisant l’intelligence artificielle et l’apprentissage automatique », détaille Erick Jan-Vareschard. Plus récemment, l’explosion des usages numériques lors des confinements successifs imposés pour lutter contre la pandémie de coronavirus a été un véritable accélérateur du cloud note Caroline Comet-Fraigneau chez le Français OVHCloud, dont le siège est implanté à Croix (59). « Dans le domaine de l’éducation, il fallait des outils qui permettent de proposer des enseignements à distance pendant les semaines de confinement. Le cloud nous a permis de mettre en oeuvre des solutions très rapidement puis, par la suite, d’adapter les capacités en fonction des besoins. Ce sont des solutions agiles. » L’autre enjeu est économique, à l’heure où les dotations de l’État ont largement baissé ces dernières années et où les collectivités ont peu de marge de manoeuvre financière. « Le cloud permet de ne payer que le service qui est réellement utilisé. Il n’y a plus de lourds investissements à produire, d’infrastructures complexes et coûteuses à entretenir ni de dette technologique à gérer », affirment en choeur les professionnels du cloud. Et Caroline Comet-Fraigneau d’ajouter : « Les solutions cloud sont accessibles aux collectivités de taille modeste qui ne disposent pas de grandes directions de leurs systèmes d’information et n’ont pas les moyens de mettre en oeuvre leurs propres infrastructures ; avec le cloud, elles peuvent y accéder plus facilement et apporterainsi des services supplémentaires à leurs administrés

LA DONNÉE AU COEUR DES PRÉOCCUPATIONS

Pour autant, les administrations publiques tardent à s’emparer pleinement du sujet. Outre le manque de connaissances parfois constaté chez les agents et les responsables publics, quelle méthode adopter pour la gestion des données afin d’avoir la garantie de pouvoir en disposer à tout moment dans les meilleures conditions ? Pour répondre à cette problématique, l’opérateur de services numériques Seine-et-Yvelines Numérique qui opère pour les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines, s’appuiera lui, dans l’avenir, sur la souveraineté des données comme l’explique Cyril Chambon, son directeur Technologies & Services : « Notre utilisation du cloud est limitée et restera limitée pour gérer le risque de fuite de données. Les services actuellement en mode SaaS (Software as a Service) pourront faire l’objet d’analyses d’internalisation. Ce qui ne bloque pas l’utilisation du cloud pour parfois, répondre aux besoins fonctionnels avec les bonnes solutions du marché. L’enjeu est donc plus de construire et développer le meilleur du cloud ‘‘internalisable’’ dans nos data centers quand cela est bien sûr possible. »

Pour Luc Derriano, chargé de mission pour l’Avicca « certaines données détenues par les collectivités locales entrent dans le cadre du Règlement général sur la protection des données (RGPD). Ces dernières doivent se montrer exemplaires dans l’usage qu’elles en font, à la fois pour obtenir la confiance de leurs administrés et pour l’efficience du fonctionnement des administrations locales et des services locaux. Pour en garder la

maîtrise, elles prennent conscience, de plus en plus, de la nécessité d’héberger ces données dans un lieu proche, de manière à ce qu’elles restent accessibles à tout moment, mais aussi pour réduire le temps de latence sur certaines applications. Stocker ses données à des milliers de kilomètres, sous des régimes juridiques qui ne sont pas les nôtres, peut poser un problème d’indépendance ». C’est pour répondre à cette demande que certaines collectivités, encore peu nombreuses, se sont engagées dans la construction de centres d’hébergement de données de proximité. Ainsi depuis 2019, la ville de Paris dispose de son propre data center où sont hébergés l’ensemble des applications utilisées par les agents de la ville, les services numériques offerts aux parisiens et l’ensemble des données de la capitale. Cette infrastructure lui permet de maîtriser pleinement les choix technologiques concernant le stockage et l’exploitation de ses données. « C’est une garantie forte en matière de sécurité », selon la municipalité.

MUTUALISER LES CONNAISSANCES ET LES EXPÉRIENCES

Cependant, il est illusoire de penser que toutes les collectivités puissent un jour développer leurs propres centres d’hébergement de données, prévient Luc Derriano. « Elles n’ont pour la plupart ni les ressources humaines nécessaires ni les moyens financiers. Elles peuvent en revanche s’appuyer sur des structures de mutualisation, tels les syndicats mixtes numériques, pour répondre à leurs besoins ». Selon lui, l’acculturation au cloud passe par la mutualisation des connaissances et des expériences, par la montée en compétences des agents sur les sujets techniques et juridiques ou encore par le recrutement, comme on peut le voir dans beaucoup de villes, de nouveaux profils : chargé de mission numérique, chef de projet ville intelligente, responsable RGPD, responsable de la sécurité des systèmes d’information. Début juillet, l’Avicca lancera, en partenariat avec InfraNum (la fédération des acteurs du déploiement numérique) et la Banque des Territoires un groupe de travail dédié à ces sujets avec ses 230 structures adhérentes. L’objectif étant que les territoires se saisissent des enjeux du cloud et du Edge computing(*).

Blandine Klaas

 

(*) L’Edge computing est un déploiement informatique conçu pour placer les applications et les données au plus près des utilisateurs et des « objets » qui les utilisent.

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