L’ÉCONOMIE MARITIME, UN ATOUT ÉCONOMIQUE POUR LA FRANCE

Le retour d’un véritable ministère de la Mer de plein exercice est une volonté clairement affichée
du nouveau gouvernement de Jean Castex de faire de la filière maritime un levier de croissance, à l’heure où l’économie française cherche de nouveaux relais pour pallier la récession et la montée du chômage. Une bonne nouvelle sous conditions.

Afin de porter la stratégie maritime de la France souhaitée par le président de la République, le ministère de la Mer rassemblera les acteurs de la croissance « bleue », des industries navales aux ports et au transport maritime, en passant par la pêche, l’aquaculture, mais aussi le tourisme, la plaisance, le nautisme, les énergies marines ou encore les biotechnologies, ainsi que tous les services associés », souligne un communiqué publié par le cabinet de la nouvelle ministre de la Mer Annick Girardin. Une nomination qui marque le grand retour de ce ministère rayé depuis bien longtemps de l’organigramme ministériel. En effet, créé pour la première fois en 1981, il s’est souvent transformé en secrétariat d’État
ou a été rattaché à d’autres ministères,
 comme l’Écologie ou les Transports. Et
 depuis 2017, le portefeuille avait même
 disparu.

« Le retour d’un véritable ministère de la Mer de plein exercice, est une grande satisfaction et une nouvelle espérance pour les hommes et les femmes qui œuvrent et se battent chaque jour pour que la France ait une économie maritime à la hauteur de son potentiel mondial et de ses acteurs économiques, avec comme mission essentielle de réussir à concilier l’activité économique et la préservation de l’environnement », avertit Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster Maritime Français. Et de poursuivre : « Mais cette espérance doit maintenant se concrétiser rapide- ment, avec un périmètre, des attributions et des moyens budgétaires à la hauteur pour agir sur l’ensemble des secteurs qui composent la filière à l’heure où l’économie ‘bleue’ peut jouer un rôle crucial dans la relance et la souveraineté française. »

Et l’enjeu est de taille. Avec ses onze millions de kilomètres carrés d’espace marin répartis sur trois océans, les territoires maritimes français abritent 10% de la biodiversité mondiale et s’imposent comme la deuxième puissance maritime mondiale derrière les États-Unis. « Car désormais, la mer pour l’avenir de la France est partie intégrante de la stratégie présidentielle. Emmanuel Macron l’a d’ailleurs rappelé lors de son allocution le 14 juin dernier », commente Frédéric Moncany de Saint-Aignan. Et pour cause : au sens du Cluster Maritime, l’économie maritime représente pour la France plus de 391000 emplois directs et un chiffre d’affaires de 72 milliards d’euros tiré par les filières dites « traditionnelles » comme le transport maritime, qui comprend également l’ensemble des activités portuaires ainsi que les activités logistiques associées ; l’industrie navale, qu’elle soit civile ou militaire et le nautisme ; les activités de pêche et de produits de la mer ; les ressources énergétiques en mer, avec par exemple les activités liées à l’extraction du pétrole offshore ; le secteur des télécommunications puisque 90% des câbles sont sous-marins et génère des flux économiques et financiers conséquents. Mais le secteur comprend également des filières plus émergentes qui constituent un potentiel économique d’avenir. Les énergies renouvelables marines avec l’éolien, l’hydrolien, les énergies houlomotrices ; les ressources minérales avec notamment les minerais présents sur les fonds marins ou à proximité ; les biotechnologies ; l’aquaculture qui reste un secteur économique peu développé à ce jour… « Ce sont autant d’activités qui offrent un large potentiel peu exploité », déplore Frédéric Moncany de Saint-Aignan. Et à cette longue liste s’ajoutent les activités de tourisme et croisière, le fleuron de l’activité française.

UN GISEMENT INSUFFISAMMENT EXPLOITÉ

Pour autant, la diversité des activités directes et indirectes que le maritime comprend ne se traduit pas par un poids économique conforme aux attentes avec une telle présence maritime. D’où la nécessité d’engager des actions pour transformer le potentiel économique de ces zones en réalité. L’enjeu aujourd’hui pour la France consiste à utiliser ses atouts pour faire germer les futurs champions français, avec à la clé des centaines de milliers d’emplois à forte valeur ajoutée. Pour cela, la politique maritime devra adopter une vision globale et mettre en œuvre une gestion intégrée de l’ensemble des activités maritimes pour comprendre les interactions entre économie, environnement et société dans toutes les dimensions, mer, interface terre-mer et territoires. Pour Frédéric Moncany de Saint-Aignan, le point central de développement reste les ports : « La France a développé sur ses territoires une multitude de ports, qu’ils soient de plaisance, de pêches ou les grands ports de commerce. Or l’existence historique de ces activités sur les territoires implique des ports français nécessitant de l’entretien ainsi que des modifications pour ré- pondre aux attentes et aux standards contemporains, notamment sur les conditions environnementales. » En d’autres termes, la nécessité de ces travaux pousse à mener une politique d’investissements volontaire dans les ports français afin d’y maintenir une activité forte et continuer à conforter le poids de ces outils portuaires dans les années à venir. L’acte 1 de la feuille de route du ministère de la Mer semble écrit.

Danièle Licata

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