La commune du Favril ouvre la voie à la télémédecine

La cabine de téléconsultation installée depuis 2019 dans la commune d’Eure-et-loir a rencontré son public à la grande satisfaction de John Billard, le maire. Son objectif, assurer la continuité des soins dans un contexte de désert médical et renforcer le maillage médical.

 

Tous les maires ruraux essaient de trouver des solutions afin que nos concitoyens puissent continuer à se soigner », affirme John Billard, maire du Favril (28), président des maires ruraux d’Eure-et-Loir et secrétaire général de l’Association des maires ruraux de France (AMRF). En implantant en octobre 2019 dans sa commune de 500 âmes la toute première cabine de téléconsultation en France, il n’imaginait pas un tel plébiscite. « L’objectif était de voir si ce dispositif pouvait répondre à la problématique de désertification médicale ainsi qu’à un besoin de consultations en l’absence de professionnels de santé », affirme le maire. Après deux ans de négociation, mais avec des soutiens comme la Caisse des dépôts, la préfecture, le conseil départemental, l’AMRF et la communauté de communes Entre Beauce et Perche, le projet s’est réalisé. La Consult Station mise au point la société H4D est équipée de capteurs et de dispositifs médicaux permettant à un médecin de réaliser à distance un examen clinique complet dans le respect du secret médical. « Le concept de la cabine est né dans les années 2000 à partir d’un postulat simple : le docteur Franck Baudino, PDG de la société, souhaitait reproduire l’équivalent d’une consultation médicale à distance pour offrir un accès à la santé pour toutes et pour tous en tout lieu et en tout point. La Consult Station est un cabinet médical connecté de proximité, certifié dispositif médical de classe IIa, selon la directive européenne 93/42/CEE, garant d’une pratique médicale de qualité », explique Franck Leducq, responsable secteur public chez H4D. Un véritable service public municipal avec un agent de la municipalité comme référent cabine, formé à l’accueil et à l’accompagnement des patients et en charge de l’entretien de la cabine. La réaction des habitants ? elle semble plutôt positive selon une étude réalisée par un cabinet indépendant après 17 mois d’utilisation. Les patients téléconsultés affirment dans neuf cas sur dix qu’ils n’hésiteraient pas à recommander la cabine de téléconsultation et affirment (84 %) oublier la distance avec le médecin.

UNE SOLUTION DE PROXIMITÉ

Car la crainte de l’équipe municipale était bien la réaction des administrés face à une solution nouvelle et peu conventionnelle en matière de santé reconnaît le maire qui a eu l’audace de lancer le dispositif alors même que la télémédecine n’était pas encore entrée dans le droit commun français. « Je suis secrétaire général de l’Association des maires ruraux de France et vice-président en charge du numérique dans les territoires, un sujet que je porte depuis plus de dix ans. Ce lien entre la télémédecine et les problématiques numériques était une évidence », affirme John Billard. L’expérimentation menée sur sa commune est riche d’enseignements qui, il l’espère, serviront à alimenter une réflexion plus globale sur la présence médicale dans les territoires ruraux. « À notre grande surprise, nous avons constaté qu’il n’ y avait pas de barrière générationnelle puisqu’environ 30 % de la fréquentation concerne nos aînés de plus de 65 ans. Ce qui aurait pu être un frein pour les seniors finalement ne l’est pas » poursuit le maire. Selon l’étude, la majorité des téléconsultations durant l’année 2020 a été réalisée avec de nouveaux utilisateurs, majoritairement des femmes, souvent pour des événements isolés, mais aussi pour le suivi d’une affection de longue durée. La cabine pallie l’indisponibilité du médecin traitant dans les trois quarts des cas (73 %). Autre surprise, les habitants du Favril ne représentent que 18 % des utilisateurs de la cabine dont les patients viennent majoritairement des communes environnantes dans un rayon de dix kilomètres. Pour Franck Leducq, « ce dispositif a vocation à rayonner sur un territoire qui ne se limite pas à un périmètre communal, mais un territoire qui est bien plus large et plus important ». Si les patients n’avaient pas pu téléconsulter, ils auraient majoritairement eu recours à l’automédication ou se seraient tournés vers les urgences nous apprend également l’étude.

BÂTIR UN TERRITOIRE DE SANTÉ

Aujourd’hui, John Billard se félicite d’avoir pu mener cette expérimentation qu’il souhaite élargir et compte pour cela sur les mentalités qui évoluent vis-à-vis de la télémédecine, un changement constaté depuis le début de la crise sanitaire. « La pandémie de la Covid-19 a changé la donne depuis un an. Et notamment l’approche des médecins sur la téléconsultation médicale qui jusque-là n’était pas forcément bien vue des professionnels de santé. » Le maire est toutefois conscient qu’une cabine de téléconsultation à elle seule ne peut régler le problème de l’absence de professionnels médicaux sur un territoire. « C’est aussi toute l’organisation que l’on met autour qui permettra d’améliorer le système de santé dans les territoires ruraux », poursuit le maire. « On bâtit un projet de territoire de santé avec les élus locaux et aux côtés des professionnels de santé du territoire. L’idée étant de créer une force médicale locale au plus proche des besoins de la commune, dans un cadre réglementaire régional, en priorité pour la médecine de premier recours », estime Franck Leducq. En attendant, l’expérience du Favril devrait alimenter les réflexions de l’AMRF sur la présence médicale et l’accès aux soins pour tous dans les territoires ruraux, et notamment l’accompagnement de telles initiatives « assez lourdes financièrement pour des petites communes rurales ». Comme le rappelle John Billard : « L’accès aux soins était d’ailleurs l’une des premières revendications lorsque nous avons lancé les cahiers de doléance avec l’Association des maires ruraux de France pendant la crise des ‘‘gilets jaunes’’. »

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