La data pour lutter contre la précarité énergétique

Un thermostat avec de billet autour. Image de l'augmentation des frais de chauffage et par la suite la motivation d'investir dans de l'énergie renouvellable ou de consommer moins.

Avec les hausses importantes annoncées des prix du gaz et de l’électricité, l’énergie est plus que jamais au cœur de l’actualité et des préoccupations des Français. Et selon le médiateur national de l’énergie qui présentait son baromètre énergie-info le 12 octobre 2021, « une augmentation de la précarité énergétique est à craindre ». Comment les données peuvent-elles contribuer à l’efficacité des politiques publiques de lutte contre la précarité énergétique ?

C’est l’objet d’une étude réalisée par le groupe de travail Données et Transformation digitale des réseaux de l’association Think Smartgrids qui propose, à travers ce document, quelques des pistes de réflexion. Dans son dernier bilan publié en janvier 2021, l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) recensait 3,5 millions de ménages en France en situation de précarité énergétique, soit des ménages qui éprouvent dans leur logement des difficultés particulières à disposer de la fourniture d’énergie nécessaire à la satisfaction de leurs besoins élémentaires. Toujours selon l’ONPE, 15 % des Français disent souffrir du froid l’hiver. « La digitalisation des réseaux et l’immense quantité de données générées par les services publics comme privés peuvent être mises au service de la lutte contre la précarité énergétique, estime Valérie-Anne Lencznar, déléguée générale de Think Smartgrids, l’association professionnelle qui fédère la filière française des réseaux électriques intelligents. Les données peuvent permettre de cartographier la précarité énergétique et ainsi éclairer les prises de décision des collectivités, concernant par exemple les opérations de rénovation de bâtiments identifiés comme « passoires thermiques. » Dans une étude publiée en début d’année, l’association analyse de quelle manière les données, omniprésentes dans la transition énergétique, peuvent contribuer à l’innovation sociétale, dans un contexte de digitalisation croissante des services et notamment dans le domaine de l’énergie. Pour Maëlle Gomez, associée senior du cabinet PWc qui a pris part à cette étude, « exploiter le volume croissant des données disponibles grâce à la digitalisation des services présente un intérêt certain pour améliorer la détection et l’identification des ménages précaires et notamment les invisibles, des populations très modestes qui échappent souvent aux radars actuels. C’est un enjeu économique très important mais aussi environnemental puisque 6,5 milliards sont mobilisés pour la rénovation énergétique dans le cadre du plan France relance et 45 % des émissions de gaz à effet de serre en France proviennent du bâtiment. Il y a donc des enjeux multiples à traiter le sujet de la précarité énergétique. »

MIEUX UTILISER LES DONNÉES…

Les données permettant de cartographier la précarité énergétique ont été répertoriées pour l’étude. Et elles sont nombreuses comme le souligne Valérie-Anne Lencznar : les enquêtes sur le logement pour identifier les passoires thermiques, les diagnostics de performance énergétique (DPE), les données individuelles de consommation via les compteurs communicants, les données agrégées de consommation, celles issues de l’autoconsommation, le prix de l’énergie, les jeux de données disponibles en open data, les chèques énergie, les mécanismes des certificats d’économie d’énergie (CEE) ou encore les objets connectés. L’association s’est également intéressée aux nombreux acteurs et organisations de la lutte contre la précarité énergétique et le constat est sans appel : « tous ces acteurs aux leviers d’action complémentaires ne communiquent pas, ce qui est préjudiciable à la bonne prise en compte de la précarité énergétique », regrette la déléguée générale. « La lutte contre la précarité énergétique et la question des données sont toutes les deux confrontées à des problématiques propres, qui complexifient leurs interactions, et rendent nécessaire une appréhension commune par les acteurs concernés », souligne le rapport.

…QUATRE PISTES À EXPLORER

Un constat qui a conduit l’association Think Smartgrids à formuler quatre pistes d’exploration pour une meilleure utilisation, à l’avenir, des données de l’énergie. À commencer par la mise en place d’une organisation de la gouvernance des données qui favoriserait les partenariats publics/privés pour intégrer de nouveaux acteurs, notamment issus des communautés, des cabinets d’ingénierie, etc. « On pourrait ainsi arriver à l’émergence de nouvelles politiques publiques sociales numériques pour lutter contre la précarité énergétique », commente Valérie-Anne Lencznar. Une deuxième proposition concerne les moyens à mettre en œuvre pour accompagner et former les territoires et les populations en situation de précarité à l’utilisation de données et des outils numériques : notamment par le biais d’ateliers de sensibilisation sur le terrain, mais aussi en formant mieux les territoires aux compétences digitales et en les aidant à faire connaître les aides financières disponibles. L’enjeu étant aussi de donner des outils concrets au consommateur afin qu’il puisse agir sur sa consommation. L’association propose enfin des pistes pour mieux collecter et utiliser les différents indicateurs et nouvelles sources de données et surtout pour communiquer autour de la data, un autre moyen de montrer son impact sociétal, durable et mesurable à travers la mise en place d’une plateforme centralisée à la disposition des acteurs de l’écosystème. « Il me paraît important de démontrer auprès du grand public les bénéfices de cette data qui est souvent vécue comme intrusive alors qu’elle peut, au contraire, devenir un outil d’aide, capable d’engendrer des économies en euros mais aussi en tonnes de CO2 …à partir du moment où on la comprend », ajoute la directrice générale de Think Smartgrids.

Blandine Klaas

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