La gestion des données, un enjeu de taille pour les collectivités

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La transformation numérique des villes a entraîné une production massive de données. Bien gérée, la data peut s’avérer un formidable outil de développement d’un territoire. Et un liant de ses acteurs.

La dématérialisation, le Big data, l’open data ou encore l’adoption, en 2016, du Règlement général de protection des données à caractère personnel (RGPD), ont fortement contribué à la prise de conscience des responsables publics de la quantité de données qu’ils collectent quotidiennement. Une explosion de leur volume qui est aussi liée à la multiplication des sources qui les produisent, à savoir les smartphones, les tablettes, les réseaux sociaux, les objets connectés ou encore les capteurs terrains installés sur les infrastructures municipales. Ces données produites en très grand volume sont peu structurées, donc difficilement stockables et exploitables avec les outils informatiques traditionnels dont disposent aujourd’hui les collectivités locales. « Or les territoires doivent pouvoir se servir de ces données nouvelles pour le pilotage de leurs politiques publiques ou la mise en place de nouveaux services », indique le cabinet de conseil indépendant Wavestone dans un document publié en 2018 sur la stratégie data pour les collectivités territoriales.

LE RGPD EST UNE VRAIE OPPORTUNITÉ DE VALORISATION DES DONNÉES

Ce sujet, qui jusqu’alors ne concernait que les directions informatiques, arrive désormais au plus haut niveau de décision des collectivités et touche l’ensemble des services. « Cette prise de conscience par les collectivités de la nécessité de gérer leurs données est un pas énorme », estime Laurent Lafaye, cofondateur de Dawex, opérateur de la plus grande place de marché de données. Une prise de conscience qui, parfois, survient dans la continuité de la mise en conformité au RGPD. « Se mettre en conformité c’est également prendre conscience des données collectées, c’est le début de l’identification de toutes les sources de données, qu’elles soient collectées directement par la collectivité ou par des partenaires privés qui interviennent sur les infrastructures de la ville », ajoute Laurent Lafaye. C’est le cas de Vire (14), une commune normande de 18 000 habitants au sein d’un établissement public de coopération intercommunal (EPCI) de 50 000 habitants, où les élus ont pris le sujet à bras-le-corps et souhaité mutualiser la démarche avec le Centre communal d’action sociale (CCAS) et l’intercom de la Vire au Noireau. Après la désignation d’un délégué à la protection des données (DPO) accompagné dans sa tâche par la société de conseil Netsystem, la municipalité s’est lancée dans une phase approfondie d’état des lieux sur la gestion des données dans les différents services des trois collectivités partenaires. « Comme dans beaucoup d’autres municipalités, nous avons constaté à Vire une absence totale de gestion centralisée et organisée des données », explique Vincent Ferrara, consultant Netsystem. Selon lui cette démarche RGPD constitue pour la commune une véritable opportunité de valorisation des données au delà des obligations réglementaires. Très vite, en effet, les élus ont perçu que cette transformation pourrait servir l’ambition numérique de Vire. Un plan d’action qui se déroulera sur trois ans est engagé et la commune envisage la mise en œuvre d’un portail citoyen qui proposera des téléservices destinés à simplifier la vie des citoyens.

L’IMMENSE POTENTIEL DES DONNÉES

Isolées, les données ne révèlent pas grand chose. Après traitement et analyse, elles constituent une mine d’or pour les collectivités publiques. « Organiser ses données permet d’avoir une maîtrise de ce que l’on en fait, affirme Laurent Lafaye. Les acteurs publics peuvent ainsi devenir des tiers de confiance dans ces échanges de données et inverser la position qu’elles subissent depuis de nombreuses années face à des groupes privés qui les collectaient, les analysaient et proposaient aux collectivités des services. Aujourd’hui, les collectivités peuvent reprendre la main sur cette valeur ajoutée des services grâce à la data, pour ellesmêmes les proposer à l’économie locale. Ainsi, ces données bénéficient à l’attractivité du territoire et aux citoyens. » Dijon Métropole (21) fait partie de ces collectivités qui ont compris l’importance de bien collecter, traiter et analyser leurs données. La métropole bourguignonne, qui lançait voilà deux ans l’un des plus importants projets Smart City en France, travaille activement sur ce gisement de données pour créer toujours plus d’attractivités sur son territoire. « Les données numériques qui remonteront au centre de pilotage sont un bien public, et, hormis les données personnelles, l’intégralité sera accessible à tous », avait déclaré François Rebsamen, maire de Dijon et président de la métropole, ajoutant qu’une gouvernance locale de la donnée, ouverte aux citoyens, serait mise en place. Persuadé qu’une partie de la croissance économique à venir de notre pays passera par l’exploitation de ces données grâce auxquelles les entreprises locales pourront développer de nouveaux services pour les citoyens. De son côté, la région Île-de-France s’est lancée dans la création d’une plate-forme de données et de services 3D qui pourra accueillir toutes les data régionales et publiques pour permettre la création de services innovants. Un véritable socle de données partagées pour expérimenter de nouvelles façons de penser et de faire de l’aménagement du territoire. « C’est une nouvelle culture qui se met en place », affirme Gilles de Closets, directeur service informatique (DSI) de Vire. « En clair, cela signifie que nous ne travaillons plus sur des actions ponctuelles, mais vraiment en mode projet transversal. C’est la prise de conscience qu’il faut modifier les méthodes de travail et changer l’approche dans les services. » Pour réussir un tel pari, une seule solution, la sensibilisation des élus et directeurs de services, un point important selon le DSI, qui négocie un budget spécifique qui soit inscrit dans le plan de formation de sa commune.

LES POINTS CLÉS D’UNE DÉMARCHE STRATÉGIE DATA

Définir les buts en termes de développement du territoire, de relation avec les citoyens et d’objectifs internes.

Définir des cas d’usage prioritaires. Animer l’écosystème et définir une gouvernance.

Piloter un chantier de modernisation de l’administration ; l’utilisation des données allant de pair avec une transformation des postes de travail et des métiers.

Mener les chantiers opérationnels et techniques.

Source : cabinet Wavestone

Blandine Klaas

 

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