Lourdes, à la recherche d’un nouveau souffle

L’économie lourdaise qui depuis plus d’un siècle repose principalement sur le tourisme spirituel est en berne. Durement touchée par la crise sanitaire, la ville mariale songe à se réinventer autour d’une identité nouvelles et des offres touristiques plus diversifiées. Et si, finalement, la crise du coronavirus n’était que le révélateur d’un modèle économique local à bout de souffle ?

Lourdes, petite ville des Hautes-Pyrénées (13200 habitants), où se pressent chaque année plus de 3 millions de visiteurs, dont 1,2 M de pèlerins venus du monde entier pour visiter le sanctuaire, n’aura jamais été aussi peu fréquentée. Depuis le début de la crise du coronavirus, les hôtels de la ville affichent un taux d’annulation proche de 90 %. Les restaurants et les boutiques des marchands d’objets de piété sont fermés. Quant aux perspectives, elles ne sont guère encourageantes puisqu’en 2021, les élus le savent déjà, la grande majorité des pèlerinages n’aura pas lieu. Or, aujourd’hui, 90% de l’économie lourdaise dépend du tourisme. Ici, plus qu’ailleurs, la crise sanitaire entraîne une crise économique, sociale et humaine sans précédent. « D’un seul coup, plus de 2400 personnes se sont retrouvées au chômage» affirme Thierry Lavit, maire de la ville plébiscité aux Municipales de 2020 avec 59,78% des voix et, surtout, un projet de développement pour sa ville en rupture avec les habitudes des dernières décennies. « Le modèle lourdais qui défendait une activité unique autour de la spiritualité n’est plus adapté. Je défends un schéma global où ce territoire dans son ensemble doit être mis à disposition de tout ce qu’on peut y faire » affirme le maire.

La fin d’un modèle

Selon une étude réalisée en 2020 par Coach Omnium pour la Caisses des Dépôts et Consignations et la Banque des Territoires, l’image surrannée des restaurants et des hôtels donne une image désuète à la ville. « Au fil du temps, un phénomène de concentration des hébergements, à proximité du Sanctuaire, entamé depuis plus de 30 ans a vidé peu à peu la ville des flux chalands dans les différentes artères et notamment dans le haut de ville » note l’étude. Ces hôtels en surcapacité, majoritairement des établissements économiques et milieu de gamme, souvent mal entretenus et largement dépendants de l’activité religieuse, paient aujourd’hui un lourd tribut à la crise du covid-19. Même si déjà, depuis 2008, un reflux de la fréquentation touristique lié à un recul des pèlerinages organisés – un modèle en difficulté – se faisait déjà sentir.  Selon le maire, « la survie de Lourdes doit aussi passer par une requalification de la ville dans sa globalité et en cohérence avec ses spécificités et son ADN ». Aujourd’hui, un seul mot d’ordre : imaginer collectivement les adaptations et les évolutions nécessaires à un rebond.

 

Bâtir une stratégie globale autour de la destination Lourdes…

« Je veux être le maire rénovateur » affirme Thierry Lavit, fier d’avoir reçu pas moins de 7 ministres dans sa ville en 2020, venus  à la fois dans le cadre de la signature du contrat de plan Etat-région 2021-2027 et, aussi, pour confirmer le soutien de l‘Etat à la cité mariale à travers un plan de relance sur mesure, pour l’aider à affronter les difficultés économiques auxquelles elle est aujourd’hui confrontée. Lourdes bénéficiera d’un accompagnement spécifique de l’Etat, des mesures d’urgence, notamment, pour les entreprises et les salariés lourdais et pour permettre à la destination de se construire un avenir pérenne. La Région Occitanie sera elle aussi aux côtés de la ville avec un engagement de 20 M€ sur trois ans pour l’aider à redynamiser le tourisme lourdais qui dispose déjà de nombreux atouts : une bonne desserte ferroviaire, deux aéroports à proximité – ceux de Pau et Tarbes – des stations de ski et des stations thermales ou encore des sites emblématiques comme Gavarnie. Pour l’édile, «il est très important que cette nouvelle image de la ville s’inscrive, plus généralement, dans un projet de territoire, celui des Pyrénées. L’objectif est que le visiteur reparte de Lourdes avec l’idée qu’ il y a toujours quelque chose à y faire. » Pour attirer une clientèle au-delà de l’image religieuse, c’est tout un territoire qu’il faudra valoriser, un territoire désormais identifié sous l’appellation Lourdes, cœur des Pyrénées. Pour y parvenir, la mairie, le département des Hautes-pyrénées et la Région Occitanie travailleront main dans la main.

 

Et repenser la ville …

Quant au centre-ville, « il y a tout à faire » selon Thierry Lavit qui souhaite réunir à nouveau le haut et le bas de la ville dans une « union sacrée ». « Cette requalification urbaine devra être pensée en tenant compte des nouveaux enjeux liés à des thématiques telles que l’autonomie alimentaire et énergétique, la relocalisation de l’économie et l’adaptation aux enjeux climatiques » ajoute le maire qui a par ailleurs nommé un adjoint chargé de la transition énergétique et écologique.

Les conditions de la circulation en ville et la déambulation touristique sont deux autres questions majeures pour la municipalité qui travaille sur des projet de parkings, de navettes et des circulations douces. Car il s’agit de faire coexister, à l’avenir, des flux de transports individuels et communs assurant la desserte des hébergements. Une labellisation « Destination Pour Tous » est à l’étude également pour garantir l’accessibilité et le confort des voies publique. Une marque qui permettrait de faire bondir la fréquentation dans les territoires labellisés. Enfin, pour augmenter le nombre de nuitées sur la ville, les élus lourdais misent sur une plus grande diversité de l’offre mais surtout sur la qualité. « Une journée supplémentaire à Lourdes, c’est 30 % de nuitées en plus et la perspective d’un meilleur taux de fréquentation des hébergements et forcement une opportunité pour tous nos commerces » affirme le maire, très optimiste quant à l’avenir. « Dès lors que la ville de Lourdes sera en capacité d’accueillir de nouveaux des pèlerins et des touristes, elle va repartir ».  En témoigne l’énorme succès d’un e-pèlerinage organisé par le recteur du sanctuaire qui confirme un intérêt international, toujours intact, pour la cité mariale.

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