Maubeuge privilégie la sobriété foncière à l’étalement urbain

L’agglomération Maubeuge-Val de Sambre veut en finir avec le développement anarchique. Territoire pilote de sobriété foncière, elle affine sa stratégie de désartificialisation des espaces urbain et de de requalification urbaine des centres-villes de ses communes membres.

 

Parce qu’il est difficile de faire émerger des projets dans un contexte de concurrence foncière, la démarche des « territoires pilotes de sobriété foncière » lancée en décembre 2020 par Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des Territoires et Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, encourage les collectivités bénéficiaires du programme Action Coeur de Ville, signataires d’une opération de revitalisation du territoire (ORT), à lutter contre l’étalement urbain et l’artificialisation des sols en changeant leur manière d’aménager leur territoire. C’est ainsi que Maubeuge, ville du nord de la France fortement habitée par les friches industrielles et la communauté d’agglomération Maubeuge-Val de Sambre ont été retenues avec six autres territoires pilotes pour tester in situ de nouvelles stratégies d’aménagement. Une démarche qui prend tout son sens comme l’explique Benjamin Saint-Huile, président de la communauté d’agglomération Maubeuge-Val de Sambre. « Nous appliquons déjà cette logique qui consiste à inscrire dans les documents d’urbanisme et de planification – le SRADDET(*), le schéma de cohérence territoriale, le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) – les conditions d’un traitement efficient du foncier et donc, la capacité à essayer de mobiliser les dents creuses, de garantir l’armature urbaine, c’est-à-dire les centralités plutôt que les périphéries, tant d’un point de vue commercial que d’habitat. » Éviter l’étalement urbain, reconstruire la ville sur la ville, réorganiser les flux de la mobilité, investir dans la multimodalité, développer la nature en ville, mais aussi préserver les éléments naturels remarquables du territoire, telle est la volonté des élus qui pourront désormais s’appuyer sur l’ambitieux PLUi qui définit les nouvelles façons de construire demain sur le territoire. « Nous voulons éviter tout développement anarchique facile à l’extérieur des villes qui viendrait fragiliser les centralités et consacrer les moyens dans l’armature urbaine. Nous allons prioriser l’ensemble des projets d’investissement sur cette logique », poursuit le président.

DES FRICHES INDUSTRIELLES À RÉHABILITER

Le meilleur moyen pour opérer ce changement de paradigme ? la pédagogie, à la fois auprès des élus et des populations, admet Benjamin Saint-Huile. « La raréfaction des espaces d’une part, les dérèglements climatiques d’autre part et enfin la volonté des habitants de disposer d’un cadre de vie qui soit plus en cohérence avec la nature, font qu’assez naturellement les élus comprennent bien que la course au développement sur les périphéries appauvrit les centres-villes et ne leur offre pas forcément de nouvelles polarités. Selon lui, « les élus prennent conscience qu’il vaut mieux faire de la qualité, plus longue à réaliser et parfois même un peu plus chère, plutôt que de choisir la facilité en artificialisant des sols ». L’un des enjeux majeurs consiste pour l’agglomération à reconquérir les nombreuses friches industrielles disséminées sur son territoire dont une quinzaine environ, sont considérées comme prioritaire au regard des projets portés par la collectivité dans le cadre de sa stratégie foncière. Le président en est convaincu, « il faudra à l’avenir avoir la capacité à s’éviter de nouvelles friches à travers le traitement du foncier et réinvestir des friches encore malheureusement existantes pour essayer de leur redonner une perspective économique ». Actuellement, se pose la question de la reconversion de l’hôpital de Maubeuge dont les services déménagent progressivement dans un nouveau bâtiment flambant neuf récemment achevé après quatre années de travaux. « Notre travail consiste à donner une nouvelle destination à ce bâtiment situé en centre-ville. Il peut représenter une perspective d’avenir intéressante à condition de convenir de la nature du projet et de la capacité du territoire à l’accompagner. » La nouvelle stratégie foncière tient en une phrase : hiérarchiser les priorités d’intervention sur le foncier disponible.

DES AIDES TECHNIQUES ET FINANCIÈRES

Pour ces opérations d’aménagement longues et coûteuses à réaliser, les collectivités rencontrent souvent des problèmes de financement et de mise en oeuvre des projets. Tout comme les autres territoires sélectionnés, l’agglomération bénéficie d’un accompagnement de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) en matière d’ingénierie et d’assistance à la maîtrise d’ouvrage (AMO) « un soutien technique et logistique de bon niveau », selon le président, mais aussi d’une aide financière de 50 000 euros. Les investisseurs privés sont également sollicités. Ainsi, le chantier clé du centre-ville de Maubeuge, une ancienne friche d’une vingtaine d’hectares dénommée le Pôle Gare « combine l’investissement public pour créer les conditions spatiales et physiques d’organisation du nouveau pôle, mais s’appuie aussi sur la capacité d’investisseurs privés à prendre le relais ». Le nouveau site accueillera un pôle d’échanges multimodal accompagné d’un projet de renouvellement urbain autour d’activités économiques et de loisirs. Le renouvellement de la ville sur elle-même , une tendance qui devrait s’accélérer dans les prochaines années.

Blandine Klaas

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