Oui, l’eau du robinet peut se boite en toute confiance

Woman filling glass with tap water for drinking on the kitchen

DÉCRYPTAGE. De l’avis de l’OMS et de tous les professionnels, l’eau du robinet peut être consommée en toute confiance. Car le coronavirus, comme tout autre virus, résiste pas aux traitements de désinfection pratiqués dans les unités de production d’eau potable. Alors, buvez tranquille.

Panique dans la capitale. Le laboratoire de la régie municipale Eau de Paris a découvert, au début du mois d’avril, la présence en quantité infime de traces du COVID-19 sur 4 des 27 points de prélèvements testés sur le réseau d’eau non potable, ce qui a conduit la mairie à suspendre immédiatement l’usage de son réseau, dans le cadre du principe de précaution.

En effet, « des fragments de génome du COVID-19 peuvent passer dans les selles des personnes infectées. Mais il s’agit de l’eau non potable qui n’a pas vocation à être consommée, mais à être utilisée pour le nettoyage des rues parisiennes, ou les cascades des bois de Boulogne ou de Vincennes. Car la particularité de la capitale est de disposer de deux réseaux distincts. Le premier fournissant l’eau non potable, qui fait l’objet de processus d’épuration via un système de tamisage, mais sans système de désinfection. Pour autant les équipes de R&D du laboratoire d’Eau de Paris, analysent minutieusement cette eau même si elle n’a pas vocation à être consommée, car elle est un bon indicateur de l’avancement en particulier grâce à l’ozonation, la dé- des virus, grippe, gastro-entérite ou, au- sinfection UV et la chloration, qui, ajou- jourd’hui, COVID-19. Le second réseau tée en petites doses, empêche les virus est celui qui fournit l’eau potable qui et les bactéries de se développer, et per- coule dans nos robinets. Et cette eau est met de garantir la qualité de l’eau entre “l’aliment” le plus contrôlé et surveillé l’usine de traitement de l’eau et le verre par les pouvoirs publics. Dans ce réseau d’eau prêt à être consommé. Chaque parisien aucun virus ne peut survivre année ce ne sont pas moins d’un million aux nombreux traitements », explique de mesures qui sont réalisées », garantit Estelle Desarnaud, directrice générale Estelle Desarnaud.
adjointe d’Eau de Paris.

En effet, cet opérateur public respecte les 56 paramètres de potabilité définis par le Code de la santé publique dans le cadre des normes européennes qui forment le standard de qualité sanitaire le plus élevé au monde. Elle ne présente aucun risque pour la santé d’une personne qui en consommerait toute sa vie. Le contrôle sanitaire obligatoire est assuré par l’Agence régionale de santé (ARS), qui fait réaliser les prélèvements et analyses par un laboratoire agréé et consolide les résultats avant d’en diffuser une synthèse. Les résultats ob- tenus, en 2019, sont de 100 % de conformité pour la qualité bactériologique (recherche de bactéries du type entérocoques ou Escherichia coli) et 100 % pour la qualité physico-chimique (composition de l’eau, présence de plomb, de pesticides…).
« Et de son côté, Eau de Paris, qui des- sert 3 millions d’usagers dans la capitale, assure, elle aussi, une autosurveillance de la qualité. Les usines mettent en place plusieurs traitements successifs permettant d’éliminer tous les virus, en particulier grâce à l’ozonation, la désinfection UV et la chloration, qui, ajoutée en petites doses, empêche les virus et les bactéries de se développer et permet de garantie la qualité de l’eau entre l’usine de traitement de l’eau et le verre d’eau prêt à être consommé. Chaque année ce ne sont pas moins d’un million de mesures qui sont réalisées”, garantie Estelle Desarnaud.

 

ET DANS LES AUTRES RÉGIONS DE FRANCE ?

De l’avis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’eau du robinet peut également être consommée en toute confiance, les différentes étapes de traitement de l’eau (dont la désinfection qui est garantie) éliminent tous les virus, dont le coronavirus.

Les professionnels du secteur sont encore plus affirmatifs: « Il n’y a aucun risque de présence du COVID dans l’eau du robinet quelle que soit la région, c’est une certitude absolue », insiste Régis Taisne, chef du département cycle de l’eau à la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). « Et puis n’oublions pas que l’eau du robinet évite d’aller acheter de l’eau en dehors du domicile et les manipulations que l’on peut avoir sur les bouteilles d’eau », ajoute Régis Demoly, directeur eau et assainissement de Grand Besançon Métropole. Et si elle peut être consommée en toute confiance, elle est également un moyen très efficace, pour se laver les mains avec du savon, comme geste barrière au COVID-19.

UN GOÛT DE CHLORE PLUS FORT QUE D’HABITUDE

« À Paris, c’est une impression. Peut- être que les Parisiens y sont plus attentifs en cette période de crise sanitaire. Mais l’eau qui arrive dans nos robinets contient 0,1 mg/l de chlore, rien de plus, rien de moins que d’ordinaire », assure Estelle Desarmaud.
Régis Taisne admet que, dans certaines régions de l’Hexagone, le dosage du chlore a été augmenté. « La diminution de l’activité économique et le confinement de la population à domicile peuvent avoir un effet sur les habitudes de consommation et donc sur la circulation de l’eau dans les canalisations, faisant stagner l’eau un peu plus longtemps. Le débit ayant été réduit, l’eau potable reste plus longtemps dans les canalisations, ce qui conduit à augmenter légèrement la teneur en chlore pour éliminer tout risque de pollution et de contamination. »

UNE SOLIDARITÉ EN PLACE

Le contrôle, un travail d’orfèvre que les opérateurs publics de l’eau et de l’assainissement continuent d’assurer en dépit des équipes réduites. Alors, pour continuer à fournir de l’eau potable de qualité et assurer le traitement des eaux usées des services publics encore plus essentiels, le réseau France Eau Publique, la FNCCR et l’Association des maires de France (AMF) ont constitué un réseau d’entraide entre opérateurs publics d’eau et d’assainissement. « Ce dispositif n’a pas vocation à suppléer au rôle des services de l’État, mais vise à mettre en œuvre, lorsque c’est possible, des actions de solidarité (dépannage matériel et humain, interventions d’urgence…) entre opérateurs publics d’eau et d’assainissement, afin de permettre à ces services de continuer à fonctionner malgré des difficultés dues au contexte exceptionnel de la crise du COVID-19 », souligne-t-on à la FNCCR. Dans l’éventualité où un service d’eau ou d’assainissement se trouverait confronté à une situation d’urgence qu’il ne serait pas en mesure de résoudre, les maires disposent désormais, par le biais de leurs associations départementales des maires, des coordonnées d’un service volontaire – proche ou assez proche – qui, dans la mesure de ses moyens, tentera de leur apporter le meilleur soutien possible. « Cette initiative illustre la capacité des collectivités et de leurs opérateurs publics à se mobiliser, et renforcer leurs synergies pour garantir un service public optimal, surtout en période de crise », conclut Régis Taisne.

Danièle Licata

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