Un écoquartier amazonien durable sort de terre à Cayenne

En 2023, la Guyane accueillera Palika. Un modèle nouveau d’éco-quartier urbain durable qui non seulement apportera une réponse aux problèmes locaux de logement et permettra, dans le même temps, de faire face aux enjeux climatiques.

Le défi urbanistique à relever est majeur dans cette partie du territoire français située aux portes de l’Amazonie, où le PIB par habitant est de moitié inférieur à celui de la France métropolitaine et où la population double tous les 20 ans, créant des tensions sur le logement dans les zones urbaines. De ces caractéristiques est apparu un phénomène bien spécifique à ce territoire explique Denis Girou, directeur de l’ Établissement Public Foncier et d’Aménagement (EPFA) de la Guyane. « Une partie importante de la population n’a pas les moyens d’acheter des logements neufs légaux d’où le développement de la construction illégale d’habitations de fortune qui coûtent beaucoup moins cher ». Soit environ 400 à 600 € le mètre carré quand la construction neuve classique revient à 1200 € par mètre carré. Depuis près de 20 ans, le taux de croissance de l’habitat illégal en Guyane, environ 5,2%, est supérieur à celui de l’habitat légal qui progresse de 4,8 % à peu près chaque année. Proposer une offre alternative constitue un enjeu très important dans la mesure où ces quartiers de logements illégaux posent des problèmes de gestion pour les collectivités locales. « Ce sont des quartiers sans organisation urbaine ni gestion urbaine de proximité, avec peu ou pas de fiscalité locale mais des coûts pour les collectivités qui doivent malgré tout assurer le ramassage des déchets, la scolarisation des enfants ainsi que l’ensemble des services habituellement rendus par la commune ou la collectivité territoriale» explique Denis Girou. Sans compter que l’habitat illégal est extrêmement consommateur d’espace. La densité y serait d’à peine 3 habitats par hectare en moyenne sur la Guyane. « Traiter l’habitat illégal à postériori coûte plus cher avec au final avec une qualité urbaine peu satisfaisante. C’est un système perdant-perdant » ajoute le directeur de l’EPFA.

Améliorer l’offre de logements

C’est pour enrayer ce phénomène que l’opération d’aménagement estampillée « OIN Guyane »pilotée par l’EPFA Guyane a été créée fin 2016 en réponse aux besoins de logement et de développement territorial de la Guyane. Avec comme objectif de sortir 21.000 logements sur une quinzaine d’années ainsi que l’ensemble des équipements publics nécessaires. Situé à 4 km du centre de Cayenne, le terrain de 130 ha délimité par le Mont Lucas, le Mont Saint Martin et la Montagne du Tigre, est aujourd’hui une friche urbaine avec un potentiel naturel et paysager que l’EPFA Guyane compte bien valoriser, en appliquant les principes d’aménagement de la ville amazonienne. A savoir en transformant les contraintes en atouts, en minimisant l’impact environnemental, en favorisant une économie circulaire des matériaux utilisés et en pensant les voiries et les espaces publics en concertation avec les habitants. « Notre mission consiste bien sûr à augmenter l’offre de logements bruts, ainsi que les possibilités de logements sociaux – ici 80% de la population est éligible au logement social voire très social -, mais aussi à améliorer la qualité des équipements urbains, à créer des parcs et des jardins ainsi que des espaces de loisirs très rares jusqu’à présent, voire totalement absents » explique Denis Girou.

Gestion durable du cycle de l’eau

L’écoquartier s’articulera autour d’un parc urbain de 3,5 ha, qui conjugue à la fois la régénération du corridor écologique existant entre Cayenne et la commune de Remire-Montjoly, la gestion des eaux pluviales et les équipements récréatifs. Il intègre dès sa conception la gestion des eaux pluviales comme un principe fondateur à respecter en introduisant des systèmes de noues qui mailleront le quartier et participeront à la mise en valeur du paysage. « Nous sommes ici en milieu tropical équatorial humide donc soumis à des aléas d’inondabilité importants. La question de l’eau est absolument critique pour toutes nos opérations. D’où le parti pris de pouvoir au mieux valoriser tout le système hydraulique que nous mettons en place » précise le directeur de l’EPFA Guyane. Les eaux seront collectées dans deux bassins de compensation paysagers de 6000 m2 et 7000 m².

Un soin particulier sera apporté à la bonne intégration du projet à son environnement immédiat, en assurant des continuités urbaines au regard des franges bâties voisines. « Nous construisons des nouveaux quartiers de ville en optimisant l’espace, en optimisant aussi la question des transport puisque peu de gens possèdent une voiture. D’où l’importance d’aménager des cheminements protégés pour ces personnes de manière à ce que les déplacements doux et/ou en deux-roues puissent se faire dans les meilleures conditions de sécurité possible » ajoute Denis Girou. Des pistes cyclables, une nouveauté en Guyane, ainsi que des sentes piétonnes favoriseront les modes de déplacement doux et mèneront aux services et équipements principaux du quartier. Par ailleurs, l’écoquartier Palika fera le lien entre Cayenne et Rémire-Montjoly, deux communes certes connectées par une route mais dont les relations sont encore pauvres. L’arrivée du Transport en Commun en Site Propre (TCSP) porté par la Communauté d’Agglomération du Centre Littoral (CACL), reliera les deux communes, désenclavera le secteur et créera une connexion entre les quartiers. Quant aux bâtiments, le système de construction privilégie les matériaux locaux, comme le bois local ou le béton latéritique qui présentent l’intérêt d’être fabriqués sur place. Coût total de l’opération 17,5 M€. Un montant couvert par des subventions publiques de l’Etat et de la collectivité territoriale de Guyane ainsi que par des fonds européens.

Blandine Klaas

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