Les élus locaux démultiplient les aides d’urgence aux plus précaires de plus en plus nombreux

Donate food to hungry people, Concept of poverty and hunger

Un Français sur trois a subi une perte de revenus depuis le confinement alors que les dépenses départementales pour le RSA ont bondi de 10 %. Alors que la crise sanitaire qui perdure précipite dans la précarité beaucoup de concitoyens et conduit à accroître les besoins des associations caritatives, les élus locaux des quatre coins de France se mobilisent et démultiplient les aides d’urgences.

Les sondages sur la montée de la précarité se suivent et se ressemblent tous. Dans son dernier rapport 2020, « État de la pauvreté en France », le Secours Catholique alerte sur la dégradation du niveau de vie des ménages en situation de précarité – de plus en plus de ménages ne percevant plus aucune ressource – pointant les privations quotidiennes et les arbitrages impossibles auxquels ils sont confrontés : chauffer le logement ou se nourrir, acheter un vêtement ou payer la facture d’électricité.

Même cri d’alarme du Secours populaire. « La crise sanitaire a plongé dans la précarité des millions de personnes, du jour au lendemain » selon le dernier « baromètre pauvreté » réalisé avec l’institut de sondage Ipsos. Un Français sur trois a subi une perte de revenus depuis le confinement, même si les dispositifs d’activité partielle et d’arrêts de travail pour garde d’enfants ont servi d’amortisseurs. Si près de la moitié des Français ont mis de l’argent durant ce, un tiers n’arrive chaque mois qu’à boucler péniblement son budget ; tandis que 18 % sont systématiquement à découvert et dont 8% craignent de basculer dans la précarité. De son côté, l’Assemblée des départements  alerte sur la progression des dépenses départementales pour le RSA de presque 10 %, selon leur dernière étude réalisée sur un échantillon d’une quinzaine de départements mais également sur la forte hausse de l’aide alimentaire.

« Alors que dans le plan de relance aucune mesure significative concerne les personnes les plus fragiles, la montée de la pauvreté est palpable au quotidien. En témoigne la demande auprès des associations caritatives qui explose » alarme Thierry Granturgo, maire de Villers-sur Mer (14). Johanna Rolland, maire de Nantes enfonce le clou. « Les gilets jaunes ont remis en lumière les difficultés du quotidien et la crise sanitaire a amplifié le phénomène. « Et pour la première fois de leur vie, ce sont aussi les classes moyennes qui frappent aux portes des associations ». La crise sanitaire qui perdure, précipite dans la précarité beaucoup de concitoyens et conduit à accroître les besoins des associations caritatives, qui font face à une augmentation sans précédent du public en grande difficulté (entre 30 et 45 % d’augmentation selon les territoires).

En frappant de nouveaux publics n’ayant parfois jamais eu recours de leur vie à l’aide sociale, la crise sociale mobilise désormais tous les élus locaux. Les villes, les départements et les régions ne regardent plus à la dépense pour soutenir directement ou via des associations caritatives les populations précaires.

 

En Nouvelle-aquitaine, le Conseil régional a par exemple, accordé deux aides de 300 000 euros chacune à la Banque alimentaire de Bordeaux et de la Gironde et au Secours populaire français qui viennent s’ajouter aux soutiens aux associations habilitées à distribuer l’aide alimentaire sur l’ensemble du territoire régional : Banque alimentaire, Secours populaire français, Restaurants du cœur, Secours catholique et Croix rouge française. Résultat, ce sont 890 000 euros qui ont déjà été mobilisés par la Région pour aider à financer des actions relevant principalement de l’aide alimentaire.

Mais ces dernières semaines, c’est la dégradation dangereuse de la situation financière des jeunes qui inquiète tout particulièrement les élus locaux.

Du coup, les aides d’urgence à destination des moins de 25 ans se multiplient. En janvier 2021, la part d’étudiants aidés par le Crous a bondi de 39% par rapport à la même période en 2020 selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Environ 9 100 étudiants ont bénéficié d’une aide de 400 euros par bénéficiaire en moyenne. Le montant total des aides attribuées de septembre à décembre 2020 a augmenté de 48% par rapport à la même période l’année précédente.

En Seine-Saint-Denis, 3 millions d’euros de ce deuxième plan de rebond sont ainsi consacrés à des actions d’aides spécifiquement à destination des jeunes, dont 1 million d’euros pour le Fonds d’aide aux jeunes, multiplié par 5 pour l’année 2021. Ce fonds social déjà existant, et abondé par le Département, est utilisé par les missions locales dans le cadre d’aide d’urgence en matière notamment d’hébergement, d’alimentation ou d’hygiène. « Alors que la crise et ses conséquences économiques et sociales perdurent, nous avons mis en place de un deuxième Plan de rebond solidaire et écologique. Dans un département jeune et populaire comme la Seine-Saint-Denis, il nous semblait essentiel de soutenir les jeunes dont la situation s’est fortement dégradée, et pour lesquels les mesures gouvernementales sont insuffisantes » se désole Stéphane Troussel, Président du Département de la Seine-Saint-Denis.

De leur côté, la ville de Rennes (Ille-et-Vilaine) et la Région Bretagne en lien avec les établissements de l’université de Rennes (UniR) et le Crous Bretagne viennent de présenter un plan concerté de soutien aux jeunes, et plus particulièrement aux étudiants. Les priorités portent sur la précarité alimentaire et la santé mentale. A Rennes, de nouvelles mesures seront présentées le 1er avril et soumises au vote du bureau de la métropole. Elles visent à renforcer l’aide psychologique (embauche de deux assistantes sociales supplémentaires au service social du Crous), l’aide alimentaire (subvention de 5 000 € pour chacune des épiceries solidaires de Rennes 1 et de Rennes 2) et les emplois étudiants (embauche de vacataires pour les référents étudiants et dans les épiceries solidaires).

Sur l’ensemble de son territoire, la Région Bretagne a ainsi distribué 30 000 colis aux étudiants et a débloqué 8 200 aides financières directes. Le 9 avril, lors de sa prochaine session, elle va examiner 32 nouvelles mesures pour un total de 3 millions d’euros.

A Paris aussi, l’heure est au soutien de la jeunesse. Florence Berthout, maire du 5e arrondissement de Paris, quartier historique des étudiants, a décidé d’agir en accueillant depuis février dernier une épicerie solidaire dans les locaux de la mairie du 5e pour les étudiants boursiers. Avec l’association Epi’Sol, les étudiants pourront se procurer des produits de première nécessité en bénéficiant chaque mois d’un panier d’achats d’une valeur de 150€ qui leur sera facturé entre 20% et 30% de sa valeur réelle. Attenant à l’épicerie est également créé un espace Cause Cafet’ pour que les étudiants y trouvent un lieu de rencontre et de soutien psychologique. Espace de sociabilité et lieu de sensibilisation à la fois, Cause Cafet’ sera dédié à l’échange, à l’information et à l’accompagnement des étudiants dans leurs différentes démarches.

Danièle Licata

Cher(e)s lecteur(trice),

Vous n’êtes pas abonné mais vous souhaitez recevoir des informations exclusives de la part de RCL, la Revue des Collectivités Locales, merci de renseigner le formulaire ci-dessous.