Aujourd’hui, près de 87 % du territoire national est classé en situation de fragilité médicale, d’après les chiffres publiés par data.gouv. Longtemps cantonné aux zones rurales, le phénomène touche désormais des villes moyennes et certaines périphéries urbaines, où obtenir rapidement un rendez-vous chez un médecin devient de plus en plus difficile. À l’approche des élections municipales, la lutte contre les déserts médicaux s’impose donc comme un enjeu central pour les communes.
Durant les dernières années, les communes en zone de « déserts médicaux » ont mis en place de nombreuses actions incitatives basées sur le volontariat, respectant ainsi la liberté d’installation des médecins. Ceci peut se traduire par des avantages financiers et non financiers visant à encourager les médecins à s’y installer. Les incitations utilisées incluent, par exemple, des primes à l’installation, des exonérations fiscales, ou encore des améliorations des conditions de travail, avec par exemple la construction de maisons de santé pluridisciplinaires, contribuant à rendre ces territoires plus attractifs. « Malgré les efforts engagés, les effets concrets restent limités », observe Benjamin Montmartin, professeur d’économétrie et de sciences des données à SKEMA Business School et titulaire de la Chaire d’excellence SKEMA et Université Côte d’Azur. « Les études scientifiques évaluant l’efficacité de ces politiques incitatives, principalement menées aux États-Unis, montrent qu’elles produisent des résultats relativement modestes », complète-t-il.
Face à ces limites, d’autres modèles expérimentés à l’étranger suscitent l’intérêt. En Suède, une grande partie des médecins généralistes sont salariés dans des centres de santé publics. Au Canada, certaines facultés encouragent les stages en milieu rural pour familiariser les étudiants avec ces territoires et créer des attaches.
Mais pour le professeur de SKEMA, l’une des pistes à développer davantage en France, en complément des mesures existantes, serait de s’inspirer des politiques mises en œuvre en Australie, au Canada et au Japon, qui réservent une partie des places en faculté de médecine à des étudiants issus de zones rurales. « Les études montrent qu’un médecin originaire d’un territoire rural a davantage de chances de s’y installer », souligne Benjamin Montmartin. L’Australie a même créé des universités implantées dans ces territoires, comme la James Cook University, pour former localement les futurs médecins. « La littérature montre surtout que c’est la combinaison de différentes mesures qui est la plus efficace (incitations financières et formation/sélection de candidats venant de zones rurales) » ajoute-t-il.
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