À quelques jours des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, l’école s’impose comme l’un des enjeux majeurs de la campagne partout en France. Conditions d’apprentissage, inégalités territoriales, qualité perçue de l’enseignement : le sujet traverse les territoires et cristallise les attentes des familles. Dans ce contexte électoral, l’édition 2026 du Baromètre Les Sherpas sur l’égalité des chances éducatives , réalisé par l’Ifop, révèle un signal fort : la confiance des parents dans le système scolaire chute de 10 points en un an.
Un retournement brutal après le rebond de 2025
Le signal le plus marquant de cette vague 2026 tient en un chiffre : seuls 42 % des parents estiment que le système scolaire assure aujourd’hui la même chance de réussir à chaque enfant, contre 52 % en 2025. Soit –10 points en un an. Après le rebond observé l’an dernier, le niveau de confiance retombe à un seuil proche de celui mesuré avant 2025 (33 % en 2023, 37 % en 2024). Désormais, 58 % des parents considèrent que le système n’assure pas l’égalité des chances.
Un jugement sévère sur l’institution scolaire
Au-delà des notions d’égalité des chances, la perception du système éducatif se dégrade sur presque tous les indicateurs entre 2025 et 2026. 81 % des parents estiment que le système scolaire est de moins bonne qualité qu’il y a dix ans (80 % en 2025). Et seuls 39 % pensent qu’il garantit l’égalité des chances, ou 47 % qu’il inspire confiance (contre 53 % en 2025). La question territoriale cristallise également les doutes : seuls 33 % jugent que la qualité d’enseignement est la même partout sur le territoire, en recul de 8 points par rapport à 2025 (41 %). Autre signal préoccupant : seuls 18 % des parents considèrent que l’école est capable de corriger les inégalités sociales, tandis que 44 % estiment qu’elle tend à les renforcer. À l’approche des municipales, ces chiffres donnent une résonance particulière aux débats locaux : l’école concentre à la fois les attentes de proximité et les inquiétudes nationales.
Agir tôt: un enjeu clé pour les communes
L’étude met également en lumière le moment où les inégalités deviennent difficiles à rattraper. 7 % des parents estiment que les difficultés liées aux inégalités sociales deviennent difficiles à rattraper avant même l’entrée en primaire, et 27 % pensent que cela se joue à l’école primaire. Autrement dit, plus d’un tiers des parents considèrent que les écarts se creusent dès les premières années de scolarité — un niveau d’enseignement directement lié à l’action municipale.
Inégalités territoriales : un ressenti plus complexe qu’attendu
Si la défiance envers le système progresse, la perception des inégalités territoriales apparaît plus nuancée. Au niveau national, 37 % des parents estiment que le lieu de scolarisation est déterminant dans la réussite scolaire. Ce chiffre est inférieur en zone rurale (27 %) et dans les unités urbaines de 2 000 à 19 999 habitants (23 %). De même, 22 % des parents citent le lieu d’habitation comme facteur de réussite, contre 16 % en commune rurale. Autrement dit, les habitants des territoires ruraux ne se perçoivent pas nécessairement comme plus pénalisés que la moyenne nationale.
Satisfaction locale, défiance nationale : le grand paradoxe
C’est l’un des enseignements les plus intéressants de cette étude. Les parents se montrent massivement satisfaits du système éducatif au niveau local : 81 % sont satisfaits de l’établissement de leur enfant, et 79 % sont satisfait de leurs enseignants, 78 % du niveau scolaire de leur enfant. Mais lorsqu’il s’agit d’évaluer le système dans son ensemble, la satisfaction chute à 41 %, en recul par rapport à 2025 (46 %). Ce décalage traverse toutes les catégories sociales et toutes les tranches d’âge : la confiance est forte à l’échelle individuelle, mais fragile à l’échelle institutionnelle.
« Ce paradoxe est extrêmement révélateur », analyse Étienne Porche, co-fondateur des Sherpas. « Les parents voient que l’école de leur enfant fonctionne, que les enseignants sont engagés, que leur enfant progresse. Mais lorsqu’ils prennent du recul, ils partagent leurs doutes quant au système dans son ensemble. Cette fracture entre satisfaction locale et défiance globale est un signal politique fort. »