Fonction publique : l’État généralise un assistant d’intelligence artificielle à un million d’agents
L’intelligence artificielle poursuit son déploiement au sein des administrations françaises. Le gouvernement a annoncé, mardi 16 juin, la généralisation d’un assistant conversationnel basé sur l’IA à près d’un million d’agents de la fonction publique d’État, à l’issue d’une phase d’expérimentation menée auprès de 10 000 utilisateurs.
Présent lors d’un événement consacré à l’intégration de l’intelligence artificielle dans les services publics à Bercy, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a indiqué que « l’ensemble des agents de la fonction publique de l’État qui en ont besoin » disposeront désormais de cet outil. Baptisé « l’Assistant », il s’appuie sur les modèles développés par la société française Mistral AI.
Le ministre a insisté sur les garanties de sécurité et de souveraineté de la solution, affirmant qu’elle était « parfaitement sécurisée et parfaitement souveraine ». Selon le gouvernement, l’objectif est d’aider les agents dans les tâches administratives répétitives et chronophages, comme la rédaction de comptes rendus ou le traitement de documents, afin qu’ils puissent consacrer davantage de temps aux missions à forte valeur humaine.
Des usages variés dans les administrations
L’Assistant est destiné à accompagner de nombreux métiers de la fonction publique. Il pourrait notamment faciliter certaines procédures judiciaires, soutenir les enseignants-chercheurs dans la préparation de leurs appels à projets ou encore réduire l’usage d’outils d’intelligence artificielle non autorisés, parfois utilisés de manière informelle par les agents.
Sur les 2,6 millions d’agents que compte la fonction publique d’État, environ un million auront accès à cet outil dans un premier temps. Le coût de cette généralisation est estimé à 700 000 euros, incluant notamment l’accès aux modèles d’intelligence artificielle de Mistral.
Cette annonce s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation numérique de l’État. Le même jour, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros en faveur du développement de l’intelligence artificielle, avec l’ambition de permettre à la France et à l’Europe de renforcer leur souveraineté technologique face aux acteurs extra-européens.
Traduction et assistance aux usagers
Le gouvernement prévoit également le déploiement à grande échelle de « Diplo IA », un outil de traduction différée capable de traiter une soixantaine de langues. Développé et hébergé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, il sera progressivement mis à disposition des agents de l’État à partir du mois de juin.
Par ailleurs, une nouvelle expérimentation sera lancée dès l’automne dans certaines structures France Services. Elle vise à équiper les téléconseillers d’un assistant d’IA générative destiné à les aider à répondre plus efficacement aux demandes des usagers.
Cette initiative intervient après l’échec du projet « Albert », une solution d’intelligence artificielle développée en interne par l’administration et testée dans plusieurs maisons France Services, sans parvenir à convaincre ou à être généralisée.
Les syndicats vigilants
Avant tout déploiement élargi, le gouvernement entend associer les partenaires sociaux. Une négociation avec les organisations syndicales doit être engagée dans les prochains jours afin d’aboutir à un accord-cadre d’ici l’automne.
Les représentants syndicaux se montrent prudents. Luc Farré, secrétaire général de l’Unsa Fonction publique, souligne la nécessité de garantir « la prééminence de l’humain dans tout le processus ». De son côté, Roxane Sirven, de la CGT Fonction publique, insiste sur l’importance de définir clairement les finalités de l’IA et de s’assurer qu’elle ne conduise pas à des suppressions de postes.
Afin d’accompagner cette transformation, des formations spécifiques à l’intelligence artificielle devraient être intégrées dans les écoles du service public, notamment à l’Institut national des études territoriales (Inet) et à l’Institut national du service public (INSP).
Un contexte marqué par les enjeux de cybersécurité
La généralisation de l’Assistant intervient dans un contexte de réorganisation du numérique de l’État et de vigilance accrue face aux cybermenaces. En mai dernier, le gouvernement a annoncé la création d’une nouvelle autorité numérique de l’État, quelques semaines après une cyberattaque majeure visant l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), qui avait exposé les données de près de 12 millions de particuliers et de professionnels.
Interrogé sur l’éventualité d’un rachat de Mistral par un acteur étranger, le cabinet de David Amiel a assuré que la technologie utilisée pour l’Assistant reposait sur un dispositif « réversible », permettant à l’État de conserver une certaine indépendance technologique en cas d’évolution de l’actionnariat de l’entreprise.
Avec cette généralisation, l’État franchit une nouvelle étape dans l’intégration de l’intelligence artificielle au sein des services publics. Reste désormais à démontrer que ces outils permettront réellement d’améliorer l’efficacité administrative tout en préservant les emplois, la sécurité des données et la qualité du service rendu aux citoyens
Plus d’informations à retrouver dans le numéro de septembre de la Revue des Collectivités Locales