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Tribune – Eaux pluviales : angle mort des municipales, urgence des territoires

Cet hiver, la France a vécu un choc hydrologique silencieux — mais révélateur. Entre le 14 janvier et le 22 février 2026, le pays a connu 40 jours de pluie consécutifs, un record depuis le début des relevés. Une succession de tempêtes a placé des centaines de communes en état de catastrophe naturelle. En février, 88 départements ont été simultanément en vigilance crues. Quelques mois plus tôt déjà, des inondations éclair paralysaient des infrastructures entières, désorganisant l’activité économique et fragilisant les territoires. Interrogé, certains dirigeants craignent des fermetures à répétition et non anticipées générant des pertes d’exploitation. Pour les PME exposées, ce contexte pourrait être fatale.

Ces événements ne sont plus des anomalies. Ils sont devenus la norme.

Et pourtant, un paradoxe demeure : alors que la gestion de l’eau relève directement des responsabilités des maires, le sujet des eaux pluviales est resté largement absent des dernières campagnes municipales.

Un angle mort des politiques locales

La gestion des eaux pluviales reste souvent perçue comme un sujet technique, relégué aux services voirie ou assainissement. Elle peine à émerger comme un enjeu politique structurant, au même titre que l’énergie ou la sécurité. Les élus se justifient et se disent « paralysés » par la compréhension même des enjeux. Ces derniers en appellent à l’aide des experts afin d’évaluer le besoin et identifier les solutions techniques adaptées à la réalité. Pourtant, les conséquences sont déjà bien visibles : routes dégradées, zones commerciales impraticables, réseaux saturés, administrés sinistrés.

Des infrastructures dépassées par l’accélération climatique

Les infrastructures actuelles ne sont plus dimensionnées pour faire face à des épisodes extrêmes de plus en plus fréquents et intenses. Les pics de précipitation ont parfois doublé localement en l’espace de 30 ans. Dans un contexte en évolution, il faut non seulement rattraper le retard mais aussi anticiper l’avenir. L’imperméabilisation des sols, issue de l’urbanisation croissante des cités, aggrave considérablement le phénomène de ruissellement. L’eau ne s’infiltre plus, elle s’accumule et dévale brutalement, transformant chaque épisode pluvial intense en risque majeur pour les bassins versants avals. Dans le même temps, les cycles de décision publique restent longs, et les investissements encore insuffisants au regard des enjeux. Il en résulte un décalage croissant entre la vitesse du changement climatique et la capacité d’adaptation des territoires. Alors que la DERU2 (Directive eaux résiduaires urbaines) est entrée en vigueur en 2025, la DERU1 de 1991 n’est toujours pas appliquée sur 100% du territoire.

Le ruissellement : un risque encore sous-estimé

Longtemps ignoré, le ruissellement pluvial est aujourd’hui l’un des principaux facteurs de dommages sur la qualité même des eaux. Les eaux de ruissellement charrient macrodéchets, micropolluants et matières en suspension… avec des impacts massifs sur la biodiversité.

Adapter les territoires : changer d’échelle et de logique

Compte tenu des projections climatiques, les approches fondées sur la nature – noues, jardins de pluie, toitures végétalisées – sont indispensables. Mais elles ne suffiront pas. Elles doivent s’inscrire dans une stratégie globale intégrant également des infrastructures de collecte, de stockage et de traitement adaptées aux volumes futurs. Il s’agit de passer d’une logique de gestion ponctuelle à une logique de résilience systémique.

Une responsabilité politique à assumer

Les collectivités disposent pourtant de leviers : service GEMAPI, GEPU ou GIEP, mobilisation de financements publics avec l’agence de l’eau. Encore faut-il que la question des eaux pluviales soit traitée à la hauteur de son importance. Cela implique :

•                d’accélérer les temps de décision,

•                de dimensionner les projets en intégrant les scénarios climatiques futurs,

•                de combiner solutions fondées sur la nature et infrastructures techniques,

•                et de traiter la qualité des eaux, pas seulement leur volume.

Pour une prise de conscience collective

La gestion des eaux pluviales doit devenir un pilier des politiques publiques locales. Elle engage la sécurité sanitaire et physique des populations, la continuité économique et la préservation des écosystèmes. Des conflits d’usage apparaissent et les nouveaux élus seront amenés à arbitrer et prioriser la ressource. À l’heure où les nouveaux exécutifs municipaux s’installent, une question s’impose : saurons-nous transformer ces alertes en action ?

Hugues Julien, chef de marché collecte et traitement de l’eau, Stradal

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